May 11, 2009 Musique News

Séga de la danse lascive au patrimoine vivant

Alors que le «Blue Penny Museum »accueille actuellement l’exposition Kifer Tifrer , Emmanuel Richon, conservateur du musée revient sur les racines du séga.

HOMMAGE. A diverse portée. Alors que le Blue Penny Museum accueille jusqu’au mois prochain, Kifer Tifrer , exposition consacrée aux grands fréres du séga, ainsi qu’aux instruments traditionnels sinon disparus, le conservateur du musée, Emmanuel Richon propose simultanément, « Séga, témoignages anciens & récents » publié chez Christian Lecomte.

Double culte au séga- patrimoine, séga- vivant.

Pour montrer qu’il a des racines. Profondes. Ancrées aussi dans des récits du voyage du 19 e siécle. Que dans l’imaginaire poétique du 20 e siécle, sous la plume de Pierre Renaud ou d’Edouard Maunick par exemple.

“ En livrant les textes anciens de maniére brute et sans commentaires ni modifications aucune, nous sommes conscients de proposer là des écrits remplis de stéréotypes de leur époque » , écrit Emmanuel Richon en guise d’introduction de ce petit recueil conçu dans l’urgence. Dans la frénésie, dans la chaleur d’une passion. Comme un séga.

« Contrairement aux idées reçues, le séga ne fut pas qu’un exutoire, une expression libératrice de l’aprés travail » , poursuitil.

« Par delà les idées préconçues et les poncifs de l’époque, seul le séga permet d’évoquer la transgression des tabous et des compartimentages raciaux, le viol collectif d’un peuple (…) seul le séga pour donner aux ancêtres leurs lettres de noblesse » .

Accent sur la sensualité

Car, comme le fait ressortir le conservateur du Blue Penny Museum , à ses premiéres heures, le séga est décrit à travers l’oeil du maître, du colon. Celui qui observe les « trépignements » de ses esclaves. Ces êtres parqués, humiliés.

Qui même lors de leurs fêtes, de leurs soirées, sont en liberté surveillée.

Des clichés, qui ne manquent pas de mettre l’accent sur la sensualité du séga. Réflexe de puritains du 19 e siécle. Choqués. Qui sait, peut- être secrétement ravis de voir ces corps se rapprocher, se déhancher, loin de tous les codes moraux en vigueur à l’époque.

« Ils font des gestes d’une lascivité extrême et qui ne peuvent laisser aucun doute » , écrit Milbert en 1812 dans « Voyage pittoresque à l’île de France, au Cap de Bonne Espérance et à l’île du Ténérife » . « Dans le dernier paroxysme, quand le couple danseur se rapprocha au point que les genoux claquérent l’un contre l’autre, et que les haleines se confondirent, ce fut parmi cette foule d’esclaves une ivresse convulsive, des trépignements, des cris et des contorsions (…) les saturnales des anciens étaient retrouvées » , signale pour sa part Dumont d’Urville en 1832 lors du « Voyage de la corvette l’Astrolabe » . Avant de se muer par l’action des poétes accordant leur musique au rythme du séga, en un univers riche.

Chargé de « chaudes nostalgies » , comme l’écrit Alain Le Breton. De « rythme essentiel du continent noir (…) la vérité du séga, c’est l’état second de l’incantation, c’est la priére et c’est la louange, c’est la joie de vivre et la douleur de vivre » , ainsi que décrit par Pierre Renaud. Un imaginaire qu’il nous rend conscient de continuer à cultiver. Un relais qu’il nous appartient de passer.

Séga témoignages anciens & récents disponibles à Rs 150 .

L’exposition « Kifer Tifrer » ouverte au « Blue Penny Museum » jusqu’au 20 juin. Entrée gratuite.

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