December 22, 2016 Artists Ile Maurice, Dagger kkila

Persevere, l’histoire de Dagger Kkila

Persevere, l’album de Dagger Kkila, a été lancé cette semaine. Plusieurs artistes internationaux participent à cet album, enregistré en France et à Maurice. Le chanteur, membre des Otentikk Street Brothers, entraîne son public dans le monde du hip-hop, avec des sons classiques et modernes.
Dans La Cinquième Montagne, il est écrit : “Toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons.” Paulo Coelho s’est invité dans la conversation. De la littérature spirituelle dans un univers reggae/dancehall, puisque ce livre de l’auteur brésilien a fortement marqué Dagger Kkila, “kan enn bann zafer pa ti pe serye”. Tout comme le prophète Elie dans le roman, le chanteur a fait face aux obstacles et aux embûches dans son “itinéraire intérieur”, vers la construction de sa “légende personnelle”.
Comme dans le livre, il a pensé à un nom pour tourner la page et avancer. “Persevere” lui est venu à l’esprit : “J’en ai eu des frissons. Ce mot résumait ce par quoi j’étais passé et me disait qu’il fallait avancer.” Trois ans d’attente, malgré les opportunités uniques qui apparaissent sur cet album : il a parfois cru qu’il n’aboutirait pas. Mais Georges Corette lui avait parlé de la loi de l’attraction, qui veut que “lorsque tu donnes du positif, c’est ce que tu récoltes en retour”.

Balade dans l’univers.
L’album Persevere a été lancé cette semaine. Laissant les obstacles derrière lui, Dagger Kkila prend ses bagages et continue son trajet vers une destination qui lui est encore inconnue. Maurice, certes, mais peut-être aussi d’autres ports, puisque ceux qui l’ont rejoint dans ce voyage viennent d’autres horizons. La réputation internationale dont ils jouissent pourrait faire souffler des vents favorables sur sa barque.
Parmi ses invités, le reggaeman français Brahim (Whats going on), le deejay et cousin de Capleton, Jah Thunder (Wine), le chanteur de reggae et de dancehall guinéen, Lyricson (La mizik mo métier), le rasta des Caraïbes, Ilements (Get Together). Il chante Love love love avec Tairo, collaborateur de Faf Larage, d’Akenaton, et que l’on a pu entendre dans la BO du film Taxi 2. Tiwony de la Guadeloupe et Straika D de la Martinique l’accompagnent sur Enkouraz to mem. Le tableau serait incomplet sans la présence de son compagnon Blakkayo qui, après Prezidis, Sanz sa et d’autres morceaux, est à ses côtés pour Priye Most I.

Au Zénith avec Capleton.
Les inconditionnels de reggae/dancehall mesureront pleinement la portée de ses collaborations, qui donnent à Persevere un cachet très particulier. “J’ai souvent du mal à mesurer tout cela. J’en prends conscience lorsque l’on me demande comment j’ai fait pour décrocher des featurings de ces artistes.”
Si le projet avait été programmé, il n’aurait sans doute pas été aussi élaboré qu’il l’est. Il y a quelques années, Dagger Kkila et Blakkayo furent invités à faire la première partie de l’une des figures emblématiques de la scène reggae/dancehall, le Jamaïcain Capleton, au Zénith. Le courant passe très vite avec Jah Thunder, qui est présent ce jour-là. Dès le lendemain, ils entrent en studio pour un enregistrement. Dagger Kkila, qui a déjà reçu Daddy Mory sur son premier album solo, a acquis le respect dans le circuit. Bientôt Brahim et les autres accepteront les propositions de son manager à Paris, Fréderick Lemonnier, de Seven Times Music, aussi géré par Christian Rousseau. “Au sein des Otentikk Street Brothers, nous avons toujours écouté Brahim. Me retrouver avec lui en studio a été un événement incroyable pour moi”, raconte le chanteur.

Dagger’s style.
Dagger Kkila passera par plusieurs studios en France et à Maurice pour enregistrer les treize titres de son album. Il se retrouve ainsi avec des créations provenant de différents univers. C’est au niveau du mastering au PM Studio, qui a aussi accueilli Admiral T, parmi d’autres, que la connexion entre ces différents mondes sera faite afin de donner une couleur précise à l’album de Dagger Kkila. “Avec ses nombreuses rencontres, j’ai dû faire quelques ajustements. Mais le style reste définitivement le mien.”
Zardin Mizikal est l’une des grandes surprises de cet album. Avec uniquement du beat-box et une guitare, le chanteur joue la carte de la simplicité pour être intense dans sa mélodie et ses textes. L’album comprend aussi une chanson piano/voix, avec la complicité de Lindsay Thomas, du dancehall, du hip-hop, un urban style et un bon vieux ragga, comme il le faisait à ses débuts dans les années 90 avec le Boogie Side Gang.

Célébrer et persister.
Persevere valait la peine que l’on patiente et il ne décevra pas. En France, l’urgence l’a conduit à travailler avec des beat makers pour la musique. Il a aussi collaboré avec le bassiste et arrangeur seychellois Tony Julie. “Tous ceux avec qui j’ai travaillé ont accepté de rentrer dans le thème de mon album. Qui vient dire que nous pouvons célébrer et apprécier la vie à tout moment. Lavi se enn selebrasion.”
“Ce projet porte ce nom parce que dans la musique comme dans le sport, il ne faut jamais baisser les bras. Il faut toujours croire en soi et persévérer. Sans être vaniteux, je veux que mon exemple serve aux autres pour qu’ils sachent qu’eux aussi peuvent avancer vers ce dont ils rêvent.”
L’année 2016 a été définitivement une bonne année pour lui. Après des lives en solo, avec Fusional Mind ou encore Lionkklash, Dagger Kkila a vécu intensément le retour des Otentikk Street Brothers, il y a quelques mois. Depuis ce fameux concert à Mahébourg, le quatuor continue de se produire et présentera ses nouvelles ambitions l’année prochaine. “Nous avons beaucoup discuté avant de revenir sur scène ensemble. Nous étions conscients que nous allions nous présenter devant nos fans et devant leurs enfants, qui viendraient nous découvrir. Nous ne voulions pas rater ce retour. Cela a été extraordinaire pour moi.”

Lor santie.
Persevere indique que tout va bien dans sa carrière d’artiste. Mais il y a quelque temps, Pascal Ferdinand avait rangé la dague pour les outils de maçon. “Quand ton frigo est vide, tu dois faire ce qu’il faut pour nourrir ta famille. Moi, j’ai pris la route du chantier.” Durant les pauses, le maçon se plaignait souvent de son sort : “Je me demandais ce que je pouvais bien faire là.”
Dagger KKila a connu la scène, le succès et la gloire, puis le vent a soufflé dans le sens contraire. “Je me suis rendu compte que je n’étais pas seul dans cette situation. Sur les chantiers, j’ai rencontré des artistes qui produisaient tube après tube et des sportifs qui avaient ramené l’or pour Maurice. Mais une fois la gloire passée, il n’y avait plus rien.” L’année dernière, il a décidé de tenter le tout pour le tout. Il a déposé les outils et a marché vers la scène.
“Sak viktwar, so zistwar”, dit Persevere. Dagger Kkila est confiant du soutien du public. Il fustige l’hypocrisie de ceux qui seront tentés de se tourner vers les pirates pour son CD. “Ce sont des gens qui ne soutiennent pas les artistes. Ils préfèrent les pirates. C’est comme aller acheter du pain et payer le plombier au lieu du boulanger.”
La présentation de cet album a commencé en avril. L’année prochaine, il travaillera sur un nouveau concept et espère faire entrer des musiciens de différents courants dans son univers.

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