February 5, 2017 Nicolas Larché

Nicolas Larché amorce une renaissance musicale avec Genesis

À l’aube de la quarantaine, Nicolas Larché amorce une renaissance musicale avec Genesis. Le guitariste et photographe de presse nous ballade au cœur de son vécu avec cet album découverte, toujours dans un registre world music. Reflet de la musique mauricienne sous toutes ses couleurs, la ballade kreol demeure toutefois la pierre angulaire de cet opus très groovy, qui atterrit dans les bacs début décembre.
Sous les traits durs de ce grand gaillard à la voix rauque se cache un sensible au cœur tendre. À l’image de son créateur, les dix titres de Genesis questionnent, dénoncent, émeuvent. Nicolas Larché pose son regard sur les phénomènes de société, mais caresse aussi l’amour et la tradition. “Le but est d’inviter les Mauriciens à réfléchir en lançant des pistes, sans pour autant donner de réponses.”
La musique est une passion qui lui a pris aux tripes dans sa jeunesse. Il gratte une guitare de temps en temps. “Me pa ti ena dan lespri pou fer album et pou fer lamizik vinn enn metie.” Comme tous les jeunes, Nicolas Larché touche à tout et se cherche : l’athlétisme, la natation, en passant par le football et le volley-ball. Mais ce sont la photographie et la musique qui se sont distinguées. “On peut pratiquer le sport un certain temps, mais la musique et l’art, c’est pour toujours. C’est un apprentissage continu.”

Vers un monde meilleur.
“À chaque nouvel album, je recommence ma carrière. Ma musique n’est pas une continuité, elle invite au changement et au renouveau.” Listwar, sorti en 2009, est un disque à thème, “qui visite mon histoire, celle de mon pays et de l’esclavage. En somme, l’histoire de l’humanité”.
Sans dévier du style world à la sauce locale, Genesis est plus une quête vers un monde meilleur. Mis en chantier en 2014 avec Levi Lamarque, l’album a pris son temps pour éclore. Le chanteur inaugure une nouvelle ère dans sa carrière, avec de nouveaux musiciens et partenaires, et se place sous la houlette de Shy Lutchmun, du Studio Scorpio, pour la production. Des featurings intéressants à signaler avec Mordikis et Jasmine Toulouse. On retrouve cette “jolie découverte artistique” sur Mo Contan Ou, un titre revisité pour les besoins de l’album avec cette voix féminine qui défile sur les ondes des radios depuis début 2016. Un séga épuré qui s’entrechoque avec le maloya, au son de l’ukulélé, dans un rythme entraînant.

Ode au métissage.
On retrouve sur l’album des musiciens qui posent leurs marques sur cet album très jazzy à la base, notamment le bassiste Alain Alfred, le guitariste Patrick Desveaux ou encore le saxophoniste Ludovic Matombé. D’autres collaborateurs d’expérience sont la pianiste et arrangeur musical Wendy Sooklall, le batteur Momo Manancourt, qu’on ne présente plus, sans oublier Jeff Monplé à la flûte traversière et aux chœurs. Le dernier – et non le moindre – est Menwar, qui apporte avec sa ravanne son univers séga roots revisité, notamment sur Kiltir. Un titre avec des percussions africaines sur un fond jazzy, pour revendiquer le mauricianisme.
Genesis, c’est aussi une ode au métissage. Nicolas Larché revendique ses racines mélangées à travers Kiltir, dans une île Maurice avec “enn langaz melanze”, qui a perdu “kiltir la fami”. L’artiste prône une musique et un style inclassables. “Le séga mauricien ne se loge nulle part au niveau international. C’est un style qui est classé dans les musiques du monde. Mon album est le reflet de cette vaste richesse musicale.” Nicolas Larché estime que le Mauricien n’est malheureusement pas assez exposé à différents univers artistiques, et qu’il se contente de séga commercial, de reggae d’ambiance, etc. “Loin de toute cette litanie moderne, je présente un album découverte et j’invite à découvrir la richesse de la musique mauricienne, amalgame de toutes mes influences.”

Les dimensions de l’amour.
Genesis est donc un album groove et métis où se côtoient différents univers : funk, jazz, soul, ramené dans un univers séga. Auteur, compositeur et interprète, Nicolas Larché, par son métier de photographe de presse, a observé pas mal de phénomènes de société. C’est son vécu qu’il transcrit à forte dose dans les textes. “Bann koze koze” qu’il questionne à travers Kisisa ?.
Paradis pou Ki ?, en featuring avec Mordikis, une fusion séga et lounge, se veut également un questionnement sur notre paradis, perdu sur l’autel du développement. “Pe retourn dan esklavaz, ki napa dan kaz me dan vilaz.” Dans Bord la Rivière, à mi-chemin entre ballade kreol et jazz, avec des percussions de séga, Nicolas Larché parle de ce bout de nature préservé de tous les maux qui étouffent notre société, “plito laba” qu’ici. Dans une enveloppe légèrement reggae, Sa zistwar la souligne que le passé est également source de refuge et de bonheur dans une société matérialiste.
L’auteur de Genesis aborde “l’amour sous toutes ses dimensions” dans plusieurs titres. Zoli fleur est une ballade accrocheuse avec des paroles profondes qui exaltent l’amour naturel dans toute sa beauté. Dans une perspective très funk, jazzy et lounge, Love est une requête à ne pas oublier l’amour.

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