Nas-T Black

De Désir fou à Rezonnman Tambour, dix ans se sont écoulées. Mais il n’y a pas que les années qui séparent les deux albums. Il y a aussi le style. Le premier explique Christopher Goolamsing, figure de proue de Nas-T Black, “était plus street”. Il ne peut s’empêcher de rire, “ce qu’on avait fait à l’époque, ce n’était pas grand chose! Mais nous avions quand même un potentiel vocal intéressant.” Il pense à cette époque, à Désir Fou, le tout premier album de son groupe et au style hip-hop que celui-ci défendait alors. Depuis, Nas-T Black a évolué pour passer à un autre épisode…

Rezonnman Tambour tombe au bon moment puisque l”album coïncide avec les 16 ans du groupe. “Nous les fêterons en juin prochain”, précise quand même Christopher Goolamsing. Avec son frère, Lionel et son ami Elvis Marthe, il s’assure de la longévité d’une formation qui, comme il le dit, “inn kumansé dan kwen sémin”, en 1993. Christopher Goolamsing était encore adolescent. Il n’avait que 14 ans et idem pour Elvis Marthe. “Mon frère, qui a aujourd’hui 20 ans, n’était alors qu’un enfant”, dit-il. A Pointe aux Sables, dans ce “coin de rue” transformé en lieu de rendez-vous, il discute souvent de musique black avec ses amis, dont Elvis Marthe. Au fil des rencontres, la petite bande décide de se structurer. “Après cette décision, j’ai trouvé un nom pour le groupe. Et depuis nous portons toujours le même, Nas-T Black.” La formation, qui compte alors huit membres, est en quelque sorte un exutoire pour Christopher Goolamsing. Si l’interprète de Merci Mama est un solide gaillard, qui n’a pas peur de la scène, autrefois il était un grand timide. “Quand j’étais petit j’étais timide…à mort! Je n’aurais jamais imaginé que je pourrais chanter un jour”, raconte-t-il. “Mais j’aimais jouer de la ravanne”, ajoute-t-il. C’est d’ailleurs, cette percussion qui, un jour, par pur hasard, lui inspirera la composition de Rezonnman Tambour. Il y a de cela très longtemps. Il raconte, “ma mère faisait le ménage. Elle avait enlevé une ravanne qu’on avait déposé sur une armoire pour épouster celle-ci. Comme les rayons du soleil parvenaient toujours sur cette armoire, ils finissaient par chauffer la ravanne. Quand ma mère l’a déposée par terre, j’ai tapé dessus. Elle était tendue et des notes résonnaient. C’était la première fois que j’en jouais, j’avais 4 ou 5 ans! Et ma mère était estomaquée. La ravanne m’a depuis inspirée. Mais j’ai pris du temps avant d’écrire le texte qui lui est dédié.”

“Nous aimons le séga”

Avant que les premiers éléments de Nas-T Black ne se dispersent, un deuxième album succède à Désir Fou. Il s’intitule Nas-T Black. Question de s’affirmer. Puis, c’est en trio que le groupe poursuit sa voie. Il précise ses couleurs avec Merci Mama, sorti il y a de deux ans. Pour Christopher Goolamsing, l’auteur attitré du groupe, Nas-T Black avait le devoir de rallonger sa discographie avec un quatrième album. Gardant son identité avec Rezonnman Tambour, Nas-T Black rajoute toutefois d’autres sons: séga, soukouss à l’album. “Nous avons voulu démontrer que nous aimons aussi le séga et qu’en tant que jeunes nous sommes capables de défendre ce style. Il n’y a pas longtemps j’ai entendu des grands du métier dire que les jeunes ignoraient le séga. Tel n’est pas notre cas. Rezonnman Tambour est un hommage au séga.” A Pointe-aux-Sables où Elvis Marthe et les frères Gooolamsing se rencontrent chaque semaine, un cinquième album est déjà en chantier. “Des compositions sont prêtes, mais il est évident que sa sortie n’est pas pour de si tôt. Ce qui est certain, c’est qu’il sera ‘dangereux!’,” annonce Christopher Goolamsing.

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