December 22, 2016 Dernier Albums

’M BORGHINI : La métamorphose du Dr Boyzini

Dr Boyzini ne voulait plus opérer sa magie musicale après l’épisode de brutalité policière survenue en décembre 2015. Il se terrait chez lui et ne sortait que très rarement. Le temps a fait son travail et l’artiste qui sommeillait en Borghini Naidu s’est réveillé, donnant naissance à un nouvel album, I’m Borghini. Il revient en homme transformé, avec un son intensément reggae, très loin des airs rapides et dansants qu’on lui connaissait, dans des chansons majoritairement en français,
“Mo ti’nn deside pou aret lamizik net. Kan nou fer lamizik, pirat touy nou; kan nou reklam nou drwa, nou gagn bate, nou gagn imiliasion.” Pendant longtemps, il ne sortait plus, préférant rester chez lui plutôt que d’affronter l’extérieur. Le virevoltant chanteur, qui embarquait “tou dimounn dan gos, dan drwat”, ne voulait plus entendre parler de musique et avait annulé toutes ses prestations. Pourtant, en ce mois de septembre 2016, le natif de Roche Bois est de retour avec un nouvel album. “Si j’ai pris la décision de revenir à la musique, c’est surtout grâce à l’encouragement de mes amis et de ma famille”, confie-t-il.

En français dans le texte.
Il ne s’agit pas que d’un retour, mais plutôt d’une transformation. Au placard, Dr Boyzini et ses rythmes endiablés. Désormais, c’est Borghini, son vrai prénom, qui prend la relève, avec un style exclusivement reggae. I’m Borghini est le titre de cet album, comme un symbole de cette métamorphose. “Désormais, je vais faire de la musique cool, pleine de spiritualité. Cet album est pour moi l’occasion de raconter la réalité et d’aborder des sujets sérieux. Je parle des fléaux de la société, comme la drogue synthétique, mais aussi de l’amour. Je viens montrer qui je suis vraiment, et je suis Borghini.”
Un message fort que veut lancer l’artiste, qui a retrouvé son appétit musical et sa joie de vivre. Dans cet album, Borghini propose du reggae, mais pas n’importe lequel. Dans le style et même l’intonation, on croirait entendre Alpha Blondy. L’artiste tient à préciser qu’il n’a pas fait cet album pour la gloire et l’argent mais davantage pour laisser sortir ce qui était renfermé en lui après ce qui lui est arrivé. “C’est un album où je m’exprime, où je passe mes messages. Cela n’aurait pas été possible de faire véhiculer ces messages-là sur le style que je faisais auparavant. Sur du reggae, les messages passent mieux, selon moi.”
Deuxième choix assumé : la plupart des dix morceaux de l’album sont interprétés en français, langue dans laquelle on ne le sent pas tout à fait à l’aise. “Nous nous retrouvons dans une situation où le marché de la musique locale est en crise. Je me suis dit que je vais me tourner vers d’autres marchés. Le morceau est déjà disponible aux Seychelles et à La Réunion, et il sera bientôt vendu à Madagascar. Pour essayer de gagner ces marchés-là, j’ai pris la décision de chanter en français. L’album comporte également un peu de créole et d’anglais.”

Parski zafer la bon.
Quelques-uns des morceaux ont été écrits il y a de nombreuses années, certains datent de dix ans. Les autres viennent d’être écrits. “Je suis avant tout compositeur, je passe mon temps à écrire des morceaux. J’ai d’ailleurs écrit pas mal de chansons pour d’autres artistes, comme Nancy Dérougère, Clarel Armel ou encore Laval Disco. Pour ce nouvel album, j’ai repris certains morceaux que j’avais écrits il y a longtemps et je les ai retravaillés afin de pouvoir transmettre les messages que je souhaitais.” L’opus comporte un morceau, La rivière du Rose, en duo avec DJ Last One, le DJ officiel de Maître Gims. “Il est venu à Maurice pour exprimer sa sympathie suite aux problèmes que j’ai eus. Je suis content que nous ayons pu faire un morceau ensemble.” Malgré les événements du 30 décembre 2015, Borghini n’a pas perdu foi en sa patrie. En témoigne le dernier morceau, Welcome to Mauritius. Il y loue les splendeurs de son pays, dans un des rares titres de l’opus au rythme plutôt jovial.
S’il concède qu’il a pris un risque, l’artiste se dit surpris du démarrage de l’album. “Jusqu’ici, mon album qui avait le mieux démarré est celui où on trouve le morceau Temperature. Mais il n’avait pas aussi bien démarré que I’m Borghini. Les disquaires en ont beaucoup demandé et de nombreuses personnes écrivent de très bons commentaires sur Facebook. Avant même la sortie de l’album, ils étaient nombreux à en parler, après seulement un passage à la radio. C’est quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas.”
Un succès qui l’amène à se poser des questions. “Kifer li pe marse ? Eski dimounn pe soutenir mwa akoz problem 30 Desam ? Eski mo sant pli bien an reggae ? Eski marse la inn sanze ? Mo bann kamwad dir mwa ki se sinpleman parski zafer la bon…”

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