December 22, 2016 Artists Ile Maurice

Le monde de fou de Real Rasta

Real Rasta est une révélation du dancehall. De son vrai nom Eric Polimon, il est un enfant de Roche Bois. Bercé par le seggae de Kaya et le séga de son oncle Tian Corentin, ce petit bonhomme aux dreads a trase sa route dans la culture, se nourrissant musicalement au gré de ses rencontres. En duo avec le chanteur Marygeann, il raconte sa réalité travers un album aux racines mélangées, qui décrie avec virulence les aléas du système. La tournée LMDF débute en novembre prochain.

“Lamizik inn sov mwa. Si mo pa ti sante kapav mo ti pou droge, mor ou dan prizon zordi.” C’est le cri du cœur d’un vrai rasta, qui a fait de sa passion sa plus grande force pour éviter de sombrer dans les pièges du système.
Électricien et designer de formation, Eric Polimon est auteur, chanteur, compositeur et fait également des montages vidéo et de la production. À 26 ans, on retrouve sa signature vocale sur une brochette d’albums et de compilations, aux côtés de grosses pointures locales et internationales, dont la dernière en date, Le monde de fou, en duo avec Marygeann.

Base musicale solide.
Real Rasta a fait la première partie de têtes d’affiches internationales qui se sont produites à Maurice : Yaniss Odua (2012), Krys (2014), le groupe jamaïcain RDX (2015) ou encore Taïro (2015). Un profil intéressant, qui “ne s’attendait pas à arriver jusque-là” et qui est toujours demeuré éloigné de la sphère médiatique.
Neveu de Tian Corentin, Eric Polimon a une base musicale solide, qui s’est accentuée par le charisme de voisins tels que Kaya et de son frère, Raynald Collet. Le petit garçon aimait observer ces derniers balancer des notes de seggae et de reggae sur le koltar. Un vrai spectacle pour les enfants de Roche Bois, qui n’en loupaient pas une miette. “Ils ont bercé mon enfance et mon adolescence. Grâce à eux, je n’ai jamais laissé tomber la musique, même dans les moments les plus sombres de ma vie.”
Durant son adolescence, Eric Polimon laisse place à Real Rasta. Il est de tous les spectacles, et donne le ton lors de Music days au collège St-Mary’s, toujours sur des airs de Kaya. Son talent saute aux yeux et des anges gardiens lui conseillent de prendre des cours de musique. À 14 ans, des amis de son collège et lui fondent un groupe de musique et se produisent sur les scènes lors de fancy-fairs et autres événements du quartier.

Génération underground.
Eric Polimon rejoint ensuite son oncle dans le groupe Black O West. Ils signent City Vibes en 2005, un album produit par Live & Direk. Le titre Pa kit mwa to alé, qui figure sur l’opus, a eu un beau succès à Maurice, décrochant le Bonnto Award en 2006, confortant ainsi le jeune homme dans son choix artistique. 2008 verra naître Pran letan, un deuxième album qui lui permet de faire une tournée à travers l’île.
Real Rasta est issu d’une génération underground nourrie au sound system. Un univers, ou avec son ami DJ Selekta Nathy, il “rencontre des icônes du milieu, comme Ras Ricky et Jarimba”. Son nouveau dada sera le dancehall. En 2011, il signe avec Paradise Burning, sur la compilation Island Burning, et réitère l’aventure en 2012 avec le deuxième volet de cette compilation. Un de ses bienfaiteurs, Jimmy Veerapen, lui lance le défi de faire le montage d’un clip vidéo. D’abord hésitant, il relève haut la main le défi sur le son Lion Burning, issu de l’album Paradise Tropical (2013), sur lequel collaborent des artistes tels que Mr Love, Bruno Raya, Linzy Bacbotte, Mighty Jah… “En 2014, j’ai signé mon premier mixtape, Je t’emmène, avec le beatmaker italien Simon Musica, qui m’a coaché techniquement et vocalement”. Real Rasta pose également sa voix sur des montages instrumentaux qui lui sont envoyés par des beatmakers jamaïcains. Il collabore aujourd’hui avec des beatmakers du monde entier. Avec le DJ martiniquais Kriminel, il chante sur Bubble lin’ en featuring avec Lion Rezistance. Il a aussi collaboré avec Supasane sur Ak 47, qui engendre le titre Martyr, suivi de Simple d’esprit en 2016.

Fléaux sociaux.
En 2015, son chemin croise celui de Marygeann, danseur et chanteur professionnel mauricien établi en France. Ils se rendent compte que musicalement, ils sont dans le même monde. Suite à quoi naît Le monde de fou, douze compositions originales mixées en France par Malusbeats, un Guadeloupéen amoureux du kreol morisien. Cet album est un monde en lui-même : dancehall, trap, reggae, séga afro et disco ambiancé. “Nous dénonçons un monde matérialiste, égocentrique, qui va de catastrophe en catastrophe. L’album pointe du doigt la drogue et la violence dans le but de sensibiliser les jeunes.” Real Rasta ajoute : “Les titres à l’instar de Sa Ki Li, Yen krazé, Dancehall Xploze marchent pas mal dans les clubs et l’album fait un carton sur iTunes.” Toutefois, ce n’est qu’en novembre 2016 que la promotion mauricienne débutera, avec la tournée LMDF, une série de concerts à travers l’île.
Real rasta est inquiet d’une jeunesse mauricienne qui s’effrite avec les fléaux sociaux. “Zenes Moris ena boukou talan. Mo trouv sa kan mo dan bann sekter kouma Ros Bwa, Batri Kase, Plezans. Me akoz mank de mwayen e ankadreman, bann zenn la prefer les zot anvlope par fleo.” L’émotion est palpable quand il nous parle de l’un de ses amis DJ, récemment emprisonné. “Li pankor mem dekouver lavi, aster li pe anferm so lavi. Li fer sagrin.” C’est pourquoi Real Rasta encadre des jeunes pour la production de leurs albums et leurs clips vidéo. Il a notamment fait un travail formidable avec Black KJ, dont la chanson To tousel marche bien en ce moment.

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