July 16, 2009 Artists Ile Maurice

Georges Armelle raconte ses paroles

Rencontre avec un parolier méconnu, quoiqu’auteur de plusieurs succès dans le registre du séga. Georges Armelle raconte ses paroles.

Ce parolier est de ceux à qui la renommé ne sourit pas toujours malgré un indéniable talent. Des artistes souvent relégués à un presque anonymat, malgré leur implication considérable. Hormis un cercle restreint de personnes, souvent des initiées, peu connaissent Georges Armelle. Auteur de nombre succès dans le registre séga. Parmi lesquels le fameux Ti-pocket et autres Jouni Jouna. Tous deux des morceaux plébiscités à des intervalles différentes.

Ces titres furent écrits par Georges Armelle bien des années avant d’acquérir une notoriété. Ce monsieur de soixante-huit ans reste cependant un immense parolier, qui semble ne pas avoir eu la juste reconnaissance due. On notera dans ses textes des propos proches des paroles engagées et qui émettent une opinion sur des faits de société contemporains. Ainsi apprend-on que la version originale de Ti-pocket fut écrite au début des années quatre-vingt-dix, dans le sillage de l’affaire Amsterdam Boys.

Georges Armelle devait le publier dans un album intitulé Zenfan Maléré sous le titre Zot mem améné. Référence directe aux importateurs de drogues, décriés dans une franchise qui sera néanmoins atténuée dans la récente version. L’auteur du texte n’avait notamment pas hésité à nommer, dans la version originelle, les Mandrax et autres Rophnol vendus en pharmacies. Franchise qui dans les années quatre-vingt-dix ne passait pas forcément sur les ondes radio. Zot mem améné n’aura pas le même succès que sa variante.

Ce parolier est aussi celui de morceaux plus légers. Jouni Jouna est un de ces textes. Une chanson interprétée au sein de Cassiya par son frère Eddy Armelle. À noter que cette chanson fut écrite dans les années soixante-dix, parmi d’autres paroles inscrites dans la mémoire collective mauricienne : Angui-là cordé et 400 canons entre autres.

Georges Armelle est d’avis que “sega pa pou mor ditou. Se larasinn nou lamizik. Seki vini apre se benn brans.” Allusion aux nouveaux genres musicaux qui, aux dires de notre intervenant, sont inspirés du séga mais le pervertissent en quelque sorte. Aussi est-il d’opinion que “apart sega narnye pa pou kapav zwe dan Moris.” Et de dire son attachement aux ravanne, maravanne et triangle avant de déplorer que le séga est maintenant : une musique commerciale aux textes creux et irréfléchis.

Georges Armelle prendra sa guitare pour interpréter ses textes inédits. Des textes qui questionnent la société contemporaine et qui donnent volontiers dans une certaine ironie qui n’est pas sans rappeler un autre Georges, qui sous d’autres cieux et à un autre temps lançait : gare au gorille ! On retiendra la chanson de Georges Armelle sur l’affaire Kaya ainsi que sur l’interdiction de fumer alors que des usines fument sans être inquiétées.

Des morceaux qui devraient figurer sur un opus qui pour le moment est en préparation. On ne peut pour l’instant que prêter une oreille attentive à son interprétation puissante, qui donne des frissons. Oui. Ce genre d’artistes existe à Maurice, mais est méconnu du public. Espérons néanmoins bientôt voir ce vétéran sur scène, dans un concert qui lui rendrait la notoriété.

Share: