May 14, 2009 Musique News

Festival Reggae Donn Sa 4 a Ile Maurice

Tel un prophète, paré de son boubou avec son micro faisant office de bâton de pèlerin, Tiken Jah Kafoly a conquis le cœur et les esprits, samedi, à Belle-Vue. Pendant deux heures le chanteur était sur scène dans, le stade Anjalay Coopen qui était plein à craquer. Un moment intense, inoubliable… Le reggaeman ivoirien, dans un style et une prestance qui sont les siens, a su allier intérêt sociopolitique et musique, sans jamais perdre de sa tonalité satirique. Tantôt survolté, tantôt solennel, Tiken Jah Fakoly a, par moment, emporté le public dans une ambiance mystique à travers ses messages et ses chansons les plus populaires, ravivant même les liens culturels entre notre île et le continent. Et aussi certaines réalités africaines…

“Quitte le pouvoir, quitte le pouvoir. Je te dis quitte le pouvoir…” C’est sur cette note que Tiken Jah Fakoly, en duo avec le leader du OSB Crew, Bruno Raya, a clôturé ces deux heures de transe. Deux heures pendant lesquelles le “messager” a dépeint un tableau contrasté de l’Afrique et l’Occident, illustrant les réalités sociales et économiques du continent, les abus de pouvoir, les travers des gouvernants et les influences politiques et géopolitiques sur le peuple africain. Cela à travers des morceaux de ses trois précédents albums.

Tiken Jah Fakoly était au sommet de sa forme. Il est lucide. Il a de la rigueur. De l’endurance surtout. On dirait même qu’il est infatigable avec un jeu de scène atypique et impressionnant. Atypique pour sa façon de courir d’un bout de la scène à l’autre. Impressionnant pour son énergie débordante et sa façon propre à lui de sautiller sans relâche.

Communion. Avec la complicité de talentueux musiciens, l’artiste se permet de développer des thèmes de ses chansons, de faire des pauses au milieu de certains morceaux sans bousculer les attentes de l’audience et de re-enchaîner des paroles à un rythme endiablé. Mais non sans la contribution de ses deux choristes aux voix sublimes, alternant aussi bien que lui le français et le dioula, et donnant une dimension encore plus vivante à sa musique. La parfaite équipe, pourrait-on dire. Samedi soir, le public en faisait également partie. Il l’a accompagné, particulièrement sur les chansons cultes de son répertoire – ou celles qui sont les plus populaires à Maurice. Plus rien ne m’étonne et un Africain à Paris auront été les moments de communion entre le chanteur et le public.

Revendiquer. Mais Tiken Jah Fakoly a surtout conquis le cœur d’un public certes bon enfant, mais aussi euphorique par moment. Parce qu’il a le secret de captiver les esprits à travers son franc-parler et sa musique. “Il est fort, très fort”, lâche un membre de la foule. Il égratigne le pouvoir en place. Il évoque le départ précipité du seggaeman, Kaya, en 1999. Parce qu’il sait. Il sait aussi revendiquer quand “le pays va mal”, et exiger qu’on “quitte le pouvoir” quand le glas a sonné. Le public était loin d’être insensible. Des centaines de mains se levaient alors vers le ciel. Synonyme d’approbation. Surtout quand il dénonce “ce qui n’est pas normal” en dévoilant ses peines et ses espoirs.

Rebelle. L’Afrique, c’est son pays. Sa patrie. Sa “Mama Africa”. Dans ses messages aussi bien que dans ses chansons comme Françafrique ou Tonton d’America. Le chanteur ivoirien fustige la politique de l’Occident vis-à-vis de l’Afrique, déplore le retard et les obstacles freinant son indépendance politique et économique. “Ils pillent nos richesses… Ils cautionnent la dictature. Tout ça pour nous affamer”, chante-t-il. Et là, il se transforme en une véritable bête de scène. L’artiste dévoile son âme de rebelle, son désir de justice. C’est même palpable lorsqu’il recherche l’adhésion du public à sa cause. Et à ce jeu là, il est majestueux. “Réveillez-vous !”, devait entonner le reggaeman lors de l’interprétation la célèbre chanson Françafrique, faisant trembler tout un stade.

Les textes engagés de cet artiste, empreints d’un mélange de colère, d’espoir et de sensibilité, ont véritablement dépassé les frontières africaines samedi dernier, le temps d’un spectacle exceptionnel, peut-être trop court, mais ô combien intense. En deux heures, Tiken Jah Fakoly est parvenu à imposer son charisme. Il a su éveiller la conscience collective tout en divertissant son audience d’un reggae aux couleurs africaines.

Réussi

Le Festival Reggae Donn Sa 4 a été une vraie réussite. Ce rendez-vous musical annuel, signé OSB Co. Ltd et Live & Direk Entertainment, a, comme les précédents festivals, tenu toutes ses promesses.

Après les deux heures de sound system assurées par DJ Did Steph et DJ Kingdom, les artistes locaux et régionaux sont à tour de rôle montés sur scène et fait vibrer le public. Jakim (Seychelles), M. Snyp (Rodrigues), Mystik dan Zil (MDZ), Rasinn et OSB Crew (Maurice) ont tous été à la hauteur et ont su maintenir le rythme. Mention spéciale pour OSB, qui comme à l’accoutumée, a livré une prestation digne de sa réputation. Comme promi, le crew a distillé un nouveau répertoire qui comprend anciennes chansons mais aussi morceaux inédits. De Bébé pa ploré à Konfians en passant par Rezolisyon, Devwar ris et Rock for the people, le groupe, soutenu par les musiciens d’Otentikk Groove, a été surprenant. Ce sont Linzy Bacbotte et Ras Ricky qui ont assuré la partie chœur.

Par ailleurs, une dizaine de personnes a été arrêtée pour possession de gandia sur la route menant au stade. La police avait installé des barrages de contrôles spéciaux ce soir-là.

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