November 13, 2008 Musique News

Enn dimans gramatin

Il ne se sépare pas de Negro Pou Lavi. Lin a cependant voulu se faire plaisir à travers un album solo. Dans quelques jours, il sort Enn dimans gramatin. Un huit titre où il expose davantage sa personnalité dans un mélange de styles.

C’était il y a peu de temps. Un groupe de copains s’était donné rendez-vous sur les berges d’une rivière pour célébrer leur amitié. L’heure était aux retrouvailles. Une vingtaine d’années auparavant, ils étaient des camarades de classe fréquentant la même école primaire de la capitale. Depuis, chacun avait fait sa route pour réussir à sa manière. Quelques-uns avaient déménagé. D’autres s’étaient mariés, étaient devenus parents. L’un d’eux était même devenu chanteur. L’initiative de ces retrouvailles était quelque part la sienne. Après le repas, les souvenirs, les histoires que l’on se plaît à raconter lors de ce type d’événement, la réunion avait pris des allures de fête. Quand ils ont commencé à chanter, même les lavandières et leurs enfants n’ont pu résister. “C’était un moment d’une exceptionnelle intensité”, se souvient Linley Abdool Raman. “Pendant que je vivais l’instant, la chanson commençait à prendre forme dans ma tête.” Dès le lendemain, le coeur débordant il mettait sur papier ce que lui avait inspiré cette journée dominicale. Dans sa tête, cet émule de Boyz 2 Men et de Bob Marley imaginait ses mots voguer sur des airs de jazz et de salsa. Il y avait eu un tel flot d’émotions dans cette création que Lin avait vite compris que la chanson serait le fer de lance de son projet. Enn dimans gramatin est même devenu le titre de son album solo.

Partage. Qu’on lui permette cette liberté. Il l’a méritée. Et c’est aussi ce qu’il cherche à partager. Cette fois, Lin est rentré seul en studio avec ce désir d’offrir quelque chose qui lui vient ” du plus profond de mon coeur.” Huit titres pour tout raconter sur des airs variés qui au final dévoilent mieux la personnalité de ce personnage forgé à l’école de Negro Pou Lavi. Le style n’est pas éloigné de ce à quoi nous a habitués cette formation référence dont il fait toujours partie. Enn dimans gramatin n’est pas une escapade. Mais l’étape suivante pour cet artiste qui au fil des expériences en studio et sur la scène a pris du volume, de l’assurance et de la confiance.

Rêve. Un solo permet surtout à cet enfant de Tranquebar de réaliser un rêve qu’il a cru irréalisable jusqu’à la dernière minute. “Maintenant que tout se met en place, je n’ai plus de mot pour dire ce que ça me fait.” Quand le projet a été lancé, il n’a laissé s’échapper aucune miette et y a mis son tout : “C’est une occasion pour moi de remercier Negro pou Lavi, mes fans, ma famille, mon défunt père. Et de me faire un cadeau.” Comprenons que cet album créé avec la participation de Gérard Louis, Natty Jah, Ludovic Lamarque (System R) a été calculé et réfléchi pour être un événement en soi.

Spirituel. Mais c’est avant tout la portée spirituelle de sa musique qu’espère voir se répandre Lin. Chanteur professionnel, ce dernier a déjà goûté au succès à Maurice, dans les îles de la région et en Europe. “Je ne viens pas faire de concurrence. Je viens avec un message d’amour et de paix.” Surtout, ne croyez pas lire le creux discours d’un quelconque bigot souffrant de mal existentiel. Lin a toutes les raisons de vouloir faire la différence. Exclu du système éducatif très tôt : “La rue m’a appris beaucoup de choses.” Parmi, une faculté de discernement développée en assistant à des scènes de vie dans cette banlieue mise à l’écart du développement (sophistiqué) par lequel croit passé la capitale. Lin veut rappeler le pouvoir du dialogue, la nécessité de se soutenir l’un l’autre sans porter de jugement et de ne jamais perdre espoir : “Parce qu’il y a toujours un lendemain.” Un message surtout adressé aux jeunes auxquels il rappelle que l’éducation est une clé vers l’avenir. Tous n’auront pas eu sa chance. Après sa brève scolarité, ce sont finalement sa foi et les valeurs enseignées qui lui ont permis d’être un rescapé. Et il y a aussi eu sa bouée : la musique…

Musique. J’ai beaucoup de respect pour la musique. C’est pour moi quelque chose qui me vient du coeur, c’est ma thérapie. Elle m’est vitale”, déclame-t-il avec l’aisance qu’on lui connaît. Cette passion pour la musique, Lin l’a héritée de son père qui était lui-même batteur. Vers 14 ans, il s’était à son tour mis aux percussions : ” Mais en toute franchise ajoute-t-il en souriant je dirai que j’ai commencé à chanter dans ma salle de bains.” Les fêtes données dans la région permettent au chanteur Tony Lefade de le remarquer. Ce dernier l’introduit dans le circuit hôtelier. Lin fait ses débuts dans le domaine en a cappella. Puis, il se sent le besoin de s’éloigner des reprises pour quelque chose de plus authentique. En 2001, il rejoint Negro Pou Lavi, groupe, qui quelque temps après démarre sa carrière en trombe dans une Boum explosion. “Negro Pou Lavi a été pour moi une école où nous avons appris les uns des autres. C’est grâce à ce groupe que j’ai finalement appris à écrire mes chansons, à développer le sens du partage, à connaître la scène, à voyager.” Et tout ce que le succès leur ont permis d’accomplir.

Dire. Au fil de sa carrière, Lin s’est souvent arrêté pour mettre sur papier ses inspirations. Quand le temps de Enn dimans gramatin est venu, il lui a fallu faire un tri parmi ses différents textes pour offrir à l’album une cohésion. “Je me suis mis à la place de l’auditeur. J’ai essayé de deviner ce que les titres allaient lui inspirer”, raconte Lin. Mais surtout : “J’ai voulu dire merci à Maurice en chantant pour tout son peuple, sans aucune distinction.”

Produit par Geda Music, Enn dimans gramatin sera dans les bacs dans quelques jours.

Tags:
Share: