ALBUM – MO LINIVER MIZIKAL : Cindia Amerally est éblouissante

Pas simplement parce que les couleurs et la lumière lui vont bien. Mais aussi parce que Cindia Amerally s’est construite note après note, avant de présenter un album polyvalent et complet pour sa toute première fois. Mo liniver mizikal marque un tournant dans la carrière de cette professionnelle qui avait choisi jusqu’ici d’être discrète. Dix-huit ans de musique, des champs de thé à la scène : la nouvelle diva est éblouissante.
C’est peut-être un conte de fées. Cela en a tout l’air. La sortie de cet album est comme la promesse tenue d’une bonne fée qui se serait penchée sur son berceau à sa naissance. Il y aura toujours une part de magie dans l’histoire de Cindia Amerally, qui vogue à travers des rêves qui lui semblaient pourtant interdits. Mais puisqu’elle n’a jamais été consciente des barrières qui pouvaient exister, elle a avancé, contre vents et marées, grâce à la force de son talent.

Souffle et sensibilité.
Tout comme Cendrillon qui a fini par devenir princesse, celle qui commence toujours son histoire en disant qu’elle a été cueilleuse de thé a avancé dans la lumière. Celle de la scène, puis de la notoriété. Ouvrière d’usine devenue chanteuse d’hôtel, depuis 18 ans qu’elle y est, la texture soul de sa voix polyvalente s’est intégrée au paysage. Il y a quelques semaines, elle a vécu l’expérience Koze Fam comme son premier grand contact avec le public mauricien. La sortie de son album dans quelques jours marque un tournant dans sa carrière.
Pas de titre phare à ses yeux, mais un ensemble représenté par les dix titres où elle souhaite tout raconter. D’où Mo liniver mizikal, qui représente l’esprit de ce projet et la vision qui l’a motivée quand elle s’est enfin décidée à sortir de sa coquille. Cindia Amerally a senti venir le moment et elle a mis à profit toutes les expériences et les connaissances acquises sur le plan musical depuis l’époque où son père la berçait au son de sa guitare.
Prise dans les filets de Céline Dion avant de trouver ses repères dans la soul, le jazz, la variété et autres, Cindia Amerally n’a pas voulu se contenter d’un style. Une même intonation maîtrisée dans les moindres notes, la chanteuse s’aventure vers les extrêmes en insufflant la même sensibilité à chacun de ses titres.

Une belle équipe de musiciens.
Kan mo ti zanfan est une ballade chantée avec sa fille, Allencia, 7 ans; Baby boy, un ragga composé par son époux Allan Dupuy, qui l’accompagne aussi d’une voix blues sur Dans r mwa. Pour ce dernier, elle prend un accent soul-jazzy dans Rtwa, où toute la puissance de sa voix cristalline est exploitée. Triste triste, la chanson qui l’avait conduite devant les caméras pour le concours Tremplin en 1994, est reprise aux côtés d’un Blakkayo toujours aussi explosif. Un atout de plus dans ce tableau qui comprend aussi ragga, ska, dancehall. En sus de En ta la loi, Pardon mwa, This boy that I love, Mensonz, R sa son, soulignons aussi Bel Mer. Un air de séga typique initialement enregistré au nom de son oncle, Guérino Colas. Cette chanson du paysage mauricien a toujours été présente dans sa famille puisqu’elle était déjà chantée par son arrière-grand-mère, qui l’a léguée aux générations qui ont suivi.
Si Cindia Amerally a une belle et grande voix suffisamment souple pour s’adapter aux différentes ambiances, son projet est soutenu par une belle équipe de musiciens. La partie musicale est tout aussi intéressante. Elle a été confiée au bassiste et arrangeur Didier Baniaux, qui a fait appel à plusieurs musiciens, selon les chansons. Que ce soit la guitare de Chris Joe (Otentik Groove) ou celle de Patrick Desvaux, c’est une équipe qui a du caractère qui accompagne Cindia Amerally pour cet album produit par Jimmy Gassel.

Partie de rien.
Ce dernier a été l’élément déclencheur. Le DJ international a rencontré la chanteuse à l’hôtel et, après l’avoir écoutée, il s’est engagé à la produire. “Sa proposition m’avait surprise. Mais le fait qu’il ait cru en moi a été un encouragement. Surtout qu’il m’a accordé la liberté de faire comme je le voulais, sans rien m’imposer.” Plusieurs années se sont écoulées. Cindia Amerally a ressenti que le moment était venu après le décès de son père, l’année dernière. Les textes partiellement réalisés ont été sortis des tiroirs pour être complétés afin de s’ajuster aux musiques qu’elle avait composées.
Cindia Amerally n’a pourtant pas terminé sa scolarité primaire et n’a jamais appris la musique. Elle a quitté l’école vers 10 ans pour veiller sur sa benjamine, Darrianna, tout en aidant sa mère dans les champs de thé, où elle a composé Triste Tiste à 12 ans. Fascinée par Céline Dion, qu’elle avait découverte à travers son frère et ensuite son père, elle a ressenti le besoin d’apprendre, à 16 ans. “Je ne voulais pas que mes parents paient mes cours, qui coûtaient Rs 150 par mois. Je suis donc partie travailler à l’usine pour le faire.” L’enseignante qui la prend en main décide d’associer son apprentissage à l’une de ses passions. Elle lui apprend à lire et à écrire par le biais de copies de chansons, dont celles de Céline Dion. Quelque temps après, elle commence à travailler dans le circuit hôtelier.

Perfectionniste.
“J’ai voulu d’un album qui ressemblerait à ce que je suis. Je veux que le public me découvre, moi, et pas la fille qui chante à l’hôtel”, dit la chanteuse, qui insiste : “Tel qu’il est, je suis contente du résultat de l’album, même si je suis consciente qu’il y a des choses que je dois encore apprendre.” On n’y décèlera aucune fausse note, mais la chanteuse est une perfectionniste qui ne peut s’empêcher de se mettre la pression pour avancer.
C’est pourquoi Koze Fam a été l’un de ses autres grands stress de cette année. Ce spectacle, elle l’a préparé alors que l’enregistrement de son album était en cours. La pression ressentie, l’angoisse et le tract en valaient finalement la peine puisque le public a su lui rendre toute la chaleur qu’elle avait portée sur la scène du J&J Auditorium.
“Si je n’aimais pas autant la musique, je n’aurais pas continué”, dit Cindia Amerally. Les paillettes et les belles lumières camouflent souvent des conditions difficiles et des moments de sacrifices. Cindia Amerally fait avec, puisqu’elle connaît parfaitement les règles du jeu. C’est pourquoi la nouvelle diva de la scène mauricienne peut être considérée comme une grande chanteuse, tel que le confirmera Mo liniver mizikal.

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