November 13, 2008 Musique News

“10 années de bonheur, mais aussi…”

On la surnomme la Diva. Quelle transformation pour cette jeune femme, timide, que nous avons rencontrée il y a dix ans. Elle venait alors d’enregistrer Misye Olivier, qui l’avait révélée au concours Sofé Ravanne. Alors qu’elle fête ses dix années dans la chanson, entre ses répétitions et ses éclats de rire, Nancy nous a reçu, pour une interview. Elle parle de sa carrière, de ses joies, de ses peines…

Scope : Vous fêtez cette année vos 10 ans de carrière comme chanteuse. Quel effet cela vous fait ?

Nancy Dérougère : Cela me rend très très heureuse. Je ne m’attendais pas à arriver jusque-là. En même temps, je réalise que le temps est passé très vite. Dix années de carrière, c’est 10 années de bonheur, mais aussi, 10 années de patience, de sacrifices, de travail… Le métier de chanteuse c’est tout cela. Même quand on est malade, on doit bosser. Si le studio a déjà été réservé, si vous avez déjà accepté de chanter… il faut respecter vos engagements et le faire bien. Car si le public m’apprécie, en retour, je dois le respecter.

Comment vivez-vous la popularité ?

– Très simplement. Même s’il y a beaucoup de choses qui ont changé dans ma vie, je suis restée très simple. Ce qui me fait le plus plaisir c’est que les gens ont beaucoup de respect pour moi. Partout où je vais, les gens me disent leur appréciation. Cela, dans toutes les communautés. Car je chante de plus en plus dans les mariages hindous et tamoules. Il y a quelque temps, j’étais dans un magasin à la rue de la corderie, quand deux jeunes filles musulmanes m’ont approchée pour me dire qu’elles aimaient bien mes chansons. Et elles voulaient que je leur chante un petit air…

La popularité a-t-elle des inconvénients ?

– Oui, malheureusement. J’ai connu des expériences traumatisantes que je n’oserai même pas évoquer ici. J’en suis encore toute bouleversée. On n’est pas à l’abri des escrocs non plus.

Est-ce facile pour une femme de choisir la chanson comme métier ?

– Comme je l’ai dit, heureusement que j’ai un public formidable qui me soutient et me respecte. Mais dans ma vie personnelle, j’ai eu beaucoup de difficultés… J’ai dû faire des choix qui n’ont pas toujours été faciles… Mais je ne regrette rien. J’ai eu beaucoup de soutien de ma famille, de mon entourage, surtout de Mario Justin, pour pouvoir persévérer et arriver où j’en suis aujourd’hui.

Comment vos enfants vivent-ils votre popularité ?

– Ils sont très fiers. Ma fille, Joanna, a 17 ans. Elle danse avec moi. Mon fils, Jean-Denis, 11 ans, est lui, passionné de foot. Il fait partie de la sélection nationale des moins de 12 ans. Ils jouissent du même respect de la part du public. Partout où ils vont, lorsqu’ils disent qu’ils sont les enfants de Nancy, les gens les accueillent très bien. Ma fille, qui suit des cours en hôtellerie avait invité une amie à la maison l’autre jour. Elle ne savait pas que j’étais sa mère. Et lorsque ma fille lui a dit :”tu vas voir ma mère, Nancy”, celle-ci n’en revenait pas. Elle a demandé à plusieurs reprises : “c’est vrai, Nancy est ta mère ?”

Vous êtes souvent en déplacement à l’étranger, vous chantez pendant les week-ends… est-ce facile d’élever enfants avec un tel emploi du temps ?

– J’essaye de faire le maximum quand je suis là. Quand je n’ai pas d’engagement professionnel, je passe la plupart de mon temps avec mes enfants. Nous faisons des sorties, je leur prépare des petits plats… Je suis aussi très reconnaissante envers mon père et ma belle-mère qui s’occupent de mes enfants quand je ne suis absente. C’est grâce à eux, à mes camarades et à tous ceux qui me soutiennent que j’ai la force de persévérer. Je dois aussi dire que j’ai des enfants formidables qui m’écoutent. Je n’ai aucun problème avec eux.

Avez-vous eu l’occasion de revoir l’émission Sofé Ravanne qui vous a révélée ?

– (Éclats de rire). Oui, un ami avait enregistré la finale et il l’a jouée pour moi il y a quelque temps. J’avais le cœur gros en revivant cette expérience. Je n’aurai jamais imaginé que ce concours allait m’emmener là où je suis aujourd’hui. Faire tous ces albums, être si populaire… Comme je l’ai toujours dit, c’est aussi grâce à mon cousin Gaëtan Héroseau que j’en suis arrivée là. C’est lui qui a insisté et m’a convaincue pour participer à Sofé Ravanne.

À vous entendre rire comme ça, à vous voir transmettre autant de joie à travers vos chansons, on pourrait s’imaginer que Nancy est une femme sans aucun souci…

– Non, non… ce n’est pas le cas. (Elle ferme les yeux). J’ai aussi mes problèmes, comme tout le monde… Même si je remporte des awards, j’ai parfois le cœur gros, je pleure… Mais je suis très croyante, je prie beaucoup et c’est Dieu qui me guide. Quand je suis devant mon public, j’oublie tous mes problèmes.

Le métier de chanteuse vous permet-il de gagner votre vie correctement ?

– J’ai beaucoup de chance de pouvoir vendre mes albums et d’être sollicitée pour chanter dans des événements. Cela me permet d’élever mes 2 enfants, de joindre les deux bouts. Je suis une seule femme à travailler. Ce métier m’a aussi permis de construire une 2e maison. J’en avais construit une autre, quand je travaillais à l’usine. Oui, j’ai aussi travaillé à l’usine, je n’ai pas honte de le dire. J’ai travaillé également dans une maternelle. Mais je crois que le métier de chanteuse me convient le mieux. Si il n’y avait pas le piratage, cela m’aurait permis de gagner encore mieux ma vie.

Avez-vous une autre passion, à part la musique ?

– J’aime le sport. Au collège, je jouais au foot et je pratiquais l’athlétisme. Mais j’ai dû arrêter l’école en Form IV, car ma mère était malade. Je me souviens toujours de ce jour. Je rentrais de mes entraînements. Mes entraîneurs, Vivian Gungaram et Ton Jules m’avaient dit : “quand tu viens la prochaine fois, apporte tes chaussures.” C’est ce que j’ai dit à ma maman en rentrant. Elle s’est alors mise à pleurer et m’a dit : “Nancy, tu vas devoir arrêter l’école. Tu es l’aînée, tu devras t’occuper de la maison, de tes frères…” (Ses yeux rougissent). Je regrette que ma mère ne soit pas là pour voir où j’en suis arrivée aujourd’hui. C’est en fait, mon seul regret.

Son univers

À l’étage de la maison familiale à Petite Rivière, Nancy s’est construite son petit cocon. C’est là qu’elle se sent bien. Elle est entourée de ceux qu’elle aime et on peut dire, que c’est réciproque. À peine l’interview commencée, qu’on frappe à la porte. Un jeune homme venu acheter 10 billets pour la soirée du 25 novembre (voir plus loin). Il a eu de la chance de les avoir réservé à l’avance, car les billets sont déjà épuisés. Son téléphone portable n’arrête pas de sonner non plus… “Qu’est-ce que je vais leur dire ?”, demande-t-elle. Et cette autre dame, venue de France, qui veut réserver 30 billets pour venir fêter ses 60 ans en compagnie de sa famille… Il n’y a aucun doute, Nancy est une chanteuse très appréciée.

Dans son salon, où trônent ses différents trophées (Scope, Masa, Emtel Bonnto Klip,… …), on peut apprécier un poster de l’album Diaspora Kreol. En face, un poster de Zot Sa. À côté, un article découpé d’un quotidien et soigneusement encadré : “Jean-Denis Dérougère meilleur buteur”, peut-on lire. C’était le tournoi de foot inter-écoles primaires en mars de cette année. Des photos de ses enfants… Tout se qui fait l’univers de Nancy se trouve dans cette pièce, soigneusement entretenue.

Soirée anniversaire

Nancy fêtera ses dix ans de carrière au cours d’une soirée au Domaine Anna, le samedi 25 octobre. Placée sous le thème “Festival Kreol”, cette soirée fera la part belle au séga traditionnel. Car c’est par là qu’elle a commencé. Daniella Résidu, Noëlla Allas, Linzy Bacbotte, entre autres se produiront à ses côtés pour l’occasion. Nancy lancera également un CD de 4 titres pour marquer l’événement. Elle y reprendra 1 morceau de Daniella Résidu, un autre de Jocelyn Levaillant, ainsi qu’un medley et un inédit signé Dalon.

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