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L’arnaque des pilules de la réussite à Maurice
COLLÈGES
L’arnaque des pilules de la réussite
A l’approche des examens du mois d’octobre, les petites boîtes magiques utilisées pour renforcer la mémoire et atténuer la fatigue ont envahi la devanture des pharmacies. Une efficacité loin d’être prouvée. Explications.
«J ’étais en Form V, je me sentais très fatiguée. J’allais en cours la journée, aux leçons l’après-midi et je travaillais en fin de soirée dans un centre d’appels. Pendant la période de révisions, j’ai commencé à prendre des compléments alimentaires pour tenir le coup», déclare Stéphanie (prénom fictif), 18 ans. Levée à 6 heures, une tasse de thé, deux comprimés vite avalés et c’est parti pour une journée de dur labeur. Très active, le rythme effréné que subit la collégienne à l’approche des examens n’est pas simple à gérer. Confronté au surmenage et à la pression familiale, il faut assurer à tout prix.
Comme elle, beaucoup d’élèves ont recours à des stimulants, l’objectif : améliorer leurs capacités intellectuelles.
« Depuis que nous avons lancé le complément alimentaire il y a environ dix ans, chaque année il y a une progression des ventes de 10 % », souligne un pharmacien d’Unicorn. « Les examens débutent au mois d’octobre et pour être efficaces, les comprimés doivent être pris deux ou trois mois avant le début des épreuves. Actuellement je constate une hausse des ventes », ajoute-t-il. Une tendance confirmée par un pharmacien de la Pharmacie Nouvelle : « En période de révisions, on constate que les ventes sont multipliées par cinq voire dix » .
A Maurice, les collégiens ont tendance à consommer des « dopants » légers, plus communément nommés « compléments alimentaires ». Riche en magnésium, en plantes ou encore en vitamines, la preuve de l’efficacité de ces produits est encore à déterminer : «Personnellement, je ne pense pas qu’il existe de ‘boost’ pour la mémoire, explique un médecin généraliste, l’effet est uniquement psychologique. C’est ce que l’on appelle l’effet placebo » .
De son côté, Stéphanie reconnaît subir cet effet : « Lors de la prise de ces comprimés, j’ai eu l’impression d’être plus concentrée. Mais je crois avant tout que c’est psychologique car rien ne prouve que je me suis sentie mieux grâce à eux » . En d’autres termes, l’élève consommateur se convainc que sa réussite dépend de son traitement.
C’est le cas de Selvina (prénom fictif), 16 ans, élève en Lower, influencée par le traitement que suit son frère, étudiant à l’université. Face à la réussite de ce dernier lors de ses examens, la collégienne décide à son tour de tester les compléments alimentaires lors de ses révisions de SC : « C’était l’année dernière, je voyais mon frère étudiant en quatrième année de médecine, prendre des compléments alimentaires», explique-t-elle. « Je me suis dit que si ça fonctionne pour lui et qu’il réussit, ça devrait avoir le même effet sur moi » .
L’influence de l’entourage
Selvina décide de suivre le traitement. Durant cette période, elle a l’impression que les comprimés « boostent » sa concentration, elle reste éveillée et étudie plus longtemps sans être déconcentrée. Mais à l’arrêt des comprimés, la fatigue la reprend, un effet pervers souvent souligné dans le corps médical.
Comme Selvina et pour beaucoup de collégiens, c’est souvent l’influence de l’entourage qui les conduit à consommer leur première pilule. « C’est une amie de ma mère qui lui a conseillé de me donner des compléments alimentaires », raconte Stéphanie. « De mon côté, je voyais les publicités et aussi mes camarades à l’école en prendre. »
Une automédication qui n’est pas sans risques: « Le problème c’est que beaucoup de parents demandent à acheter des médicaments parce qu’ils ont entendu dire qu’ils étaient bons pour leur adolescent. Mais nous ne pouvons donner tout et n’importe quoi à un enfant. Si ce dernier a des antécédents, la prise de ces produits peut lui être néfaste », explique un pharmacien de la capitale. En effet, ces produits sont consommés non pas pour se soigner, mais pour se sentir plus « intelligent » .
Or à l’origine, ces pilules ne sont pas conçues pour cela. Un fait qui conduit la société vers une totale confusion. «Ces produits sont des compléments alimentaires et non des médicaments. Toutefois ils sont généralement prescrits aux patients qui ont des carences alimentaires afin de pallier ce manque », explique le pharmacien d’ Unicorn.
Surdose et conséquences
A défaut de développer l’intelligence, pris en petite quantité le magnésium et la vitamine C ne font pas de mal. Toutefois comme tous médicaments, si les doses ne sont pas respectées, le produit peut devenir un danger. « Les adolescents en bonne santé n’ont pas besoin de ces produits. Il s’agit d’une prescription de fer et consommé en grande quantité il peut être toxique pour l’organisme », souligne le médecin généraliste.
Si les composants des comprimés circulant actuellement sur le marché mauricien, sont en partie contrôlable, la tendance est à l’achat de produits en ligne. Les substances des compléments alimentaires en vente sur Internet sont toutefois plus difficiles à vérifier. Quoi qu’il en soit, en période de stress ou de surmenage, on préconise un seul et unique remède : « Il faut avoir une alimentation saine et équilibrée, pour être en forme. La mémoire se travaille et ce n’est pas avec des suppléments que l’on va l’améliorer », conclut le médecin.
DEPENSE MOYENNE D’UN ADOLESCENT EN COMPLEMENTS ALIMENTAIRES :
■ Coût moyen d’une boîte : Rs 600
■ Nombre de comprimés dans une boîte : 60
■ Durée du traitement : 3 mois
■ Nombre de comprimés à prendre par mois : 60 (2 comprimés par jour)
■ Nombre de boîte par mois : 3
■ Coût total : Rs 1800
Alexandra ORAISON
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