Connaissance de l'histoire du pays - Page 14 - Radio Moris Sega Music Mauritius Ile Maurice

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Vieux 06/09/2009, 09h04
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L'imposition de la langue anglaise dans les cours de justice de Maurice (15 juillet 1

L'imposition de la langue anglaise dans les cours de justice de Maurice (15 juillet 1847)


"Monsieur, je suis danseur - intrépide danseur - je viens vous prier, à mains jointes, de me dire si le second bal de l'Aristocratie Mauricienne aura définitivement lieu le quinze de ce mois, le 15 Juillet, le soir où la langue anglaise doit remplacer la langue de nos pères ? "
"Oui, dites -moi", implore l'auteur de la lettre", si c'est bien ce soir-là que les femmes créoles, parées de leurs fleurs, inondées de parfums, le sourire aux lèvres, doivent dire adieu à l'harmonieux idiome de Virginie, et murmurer de leur douce voix : "Give Me A SANDWICH !"… "Je vous avoue, Monsieur, que ce serait une manière neuve et originale, de la part de mes belles compatriotes, de donner un démenti formel à mes frères, à leurs maris, à leurs pères, à tous ces fous qui se sont oubliés un moment jusqu'à avoir assez de patriotisme et de dignité pour solliciter de leur Souveraine le droit de conserver la langue du pays, leur vieille langue, cette langue qui rappelle tant de souvenir, cette langue dans laquelle des vieillards à cheveux blancs leur ont parlé d'honneur, avec laquelle les ont bercées leurs mères! "
Cette correspondance, que publie le journal Le Mauricien, le 14 Juillet 1847, donne la mesure du désarroi et de l'angoisse qui se sont emparés de la communauté créole mauricienne (entendez par ce terme tous ceux nés dans l'île indépendamment de son épiderme et sont attachées à la langue française) en sachant que, au coup de minuit ce soir-là, par ordre de sa "Très Excellente Majesté la Reine dans son Conseil Privé", il ne sera plus permis d'utiliser d'autres langues que l'anglais devant les instances judiciaires de l'île Maurice. Pis encore, personne ne sera éligible à un emploi quelconque sous le gouvernement colonial britannique, s'il ne peut exercer les fonctions de sa place, tant par écrit que verbalement, dans la langue anglaise.
Le malaise (déjà ?) de la communauté créole francophone est d'autant plus grand que la décision coloniale britannique s'appliquera le soir même d'un 14 Juillet quand est célébrée avec faste à Maurice la fête nationale française. Effectivement, chacun, à l'époque trouvera dans cette date butoir du 14 Juillet l'illustration d'un sadisme dont seuls sont capables des représentants de la perfide Albion ! Et pourtant, quatre ans plus tôt, soit le samedi 23 Décembre 1843 - presque rendu à la veille de la Noël - le Secrétaire Colonial, F. Dick, avait fait publier dans la Government Gazette le rappel suivant
"Son Excellence le gouverneur a bien voulu ordonner que l'attention publique soit particulièrement appelée sur l'avis du Gouvernement du 23 Novembre 1840, annonçant qu'après un délai de sept ans à compter de cette date (23 Décembre 1843), personne ne sera éligible à un emploi quelconque sous ce Gouvernement, s'il ne peut exercer les fonctions de sa place, tant par écrit que verbalement, dans la langue anglaise. Et, son Excellence ordonne en outre que les instructions du Très Honorable le Secrétaire d'Etat dont connaissance a été donnée dans l'avis du Gouvernement du 25 Juin 1833 soient de nouveau publiées".
Cet avis du 25 Juin 1833, lui, se lisait comme suit ;
"Le Très Honorable Secrétaire d'Etat pour les colonies a intimé à son Excellence le Gouverneur, dans une dépêche datée du 28 Novembre 1832 (No. 25) que tous les documents officiels transmis à sa Seigneurie ne doivent être écrits qu'en Anglais ; et son Excellence ordonne que cette communication soit notifiée publiquement afin que toutes les personnes ayant à soumettre de semblables documents, aient à s'y conformer. Sa Seigneurie ajoute qu'elle sait qu'un tel changement ne peut jamais être introduit sans quelques inconvénients, mais comme il est évident que c'est un changement qui doit être effectué tôt ou tard et qu'elle pense qu'il est grandement temps que la nécessité d'étudier la langue nationale soit pleinement démontrée aux Colons en général, et plus particulièrement aux fonctionnaires du Gouvernement, elle ne voit aucune raison de retarder davantage l'exécution de ce règlement.
En conformité avec ces instructions, son Excellence ordonne qu'il soit intimer qu'aucune personne ne pourra être considérée à l'avenir comme admissible à occuper un emploi sous le gouvernement, à moins qu'elle ne soit capable de parler et d'écrire l'Anglais, excepté cependant dans les circonstances très particulières."
Des règlements en anglais traduits en français
Une année avant la date fatidique du 14 Juillet 1847, soit le 16 février de l'année précédente, après que la Cour suprême eut, le 10 février 1846, à nouveau averti la population, par voie de règlements publiés dans la Gazette Officielle que, d'ici quelques mois, elle n'admettra pas de témoignages autres que ceux donnés en anglais, le journal Le Mauricien se sent obligé de traduire lesdits nouveaux règlements pour en permettre la compréhension populaire. Et ce, naturellement… en français.
Lesdits nouveaux règlements se lisent comme suit :
"Attendu que d'après un ordre rendu par Sa Très Excellente Majesté la Reine dans son Conseil Privé et portant la date du treizième jour de septembre mil huit cent quarante cinq, il a été arrêté qu'à dater du quinzième jour de juillet mil huit cent quarante sept toutes les affaires devant les tribunaux supérieurs de justice de l'île Maurice, c'est-à-dire devant la Cour d'Appel, les cours d'Assises, la Cour de Première Instance de Vice Amirauté et la Cour des commissaires institués pour juger des délits commis sur les hautes mers, se poursuivront désormais en anglais seulement, et que les arrêts judiciaires et tous les actes, de quelque nature qu'ils soient, qui sont de leur ressort, seront faits et rendus en anglais seulement ; et que les juges de la Cour d'Appel de ladite île fixeront et détermineront, de temps en temps, par des règlements de Cour rendus par eux à cet effet, l'époque où les plaidoyers devant les dites Cours se débiteront également en anglais seulement, considération gardée pour les justes droits à une exemption que possèderait tout avoué ou avocat de ladite île, qui aurait été reçu à l'époque de la remise, ou dans les quinze années qui l'ont suivies, de ladite île aux armes de feu Sa Majesté le roi Georges Trois". En conséquence, en vertu dudit Ordre Royal en Conseil, les dits juges ont arrêté ce qui suit

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I. A partir dudit quinzième jour de juillet huit cent quarante sept, toutes causes à la Cour d'Appel, aux Cours d'Assises et à la Cour de Première Instances sauf cas d'exemption ci-après désignés, se plaideront en anglais seulement.
ll.Et attendu qu'autrefois alors qu'il n'existait qu'un petit nombre d'avocats - ou de barristers - dans la colonie, c'était la coutume des cours de justice de permettre aux avoués de plaider de la même manière et aux mêmes fins que les avocats, c'est de plus ordonné que l'honorable Prosper d'Epinay, avocat, et l'honorable Henry Koenig et Onezime Desmarais, Augustin Adrian, Emile Laborde et Félix Koënig, avoués, ayant été reçus dans les quinze années qui ont suivi la remise de cette île aux armes de feu Sa Majesté le roi Georges Trois, pourront, jusqu'à publication de règlements ultérieurs, se servir à leur choix de la langue anglaise ou de la langue française pour tout plaidoyer devant la Cours d'Appel, les Cours d'Assises et la Cour de Première Instance.
III . Et attendu que tous les plaidoyers devant la Cour de Vice Amirauté ainsi que devant la Cour des commissaires institués pour le jugement des délits commis sur les hautes mers, sont aujourd'hui, et ont été débités en langue anglaise seulement, il est plus ordonné que tous les plaidoyers devant ces deux cours continueront à être prononcés en anglais seulement.
IV. Et attendu que dans les trois autres cours, d'Appel, d'Assises et de Première Instance (sauf ce qu'a arrêté l'Ordre de sa Majesté en Conseil du vingt cinquième jour de février mil cent quarante et un, prescrivant à toutes les cours, Juges et autres commis à l'administration des lois à Maurice de s'en rapporter, dans le cas de toutes ordonnances du gouverneur et Conseil de Maurice, et de toutes proclamations du gouverneur de ladite île, et de tous les actes publics ou avis du gouvernement exécutif de ladite île, exclusivement au texte anglais) l'usage de la langue anglaise et l'usage de la langue anglaise et l'usage de la langue française ont eu plus ou moins cours, et que dans la pratique journalière l'évidence et d'autres questions sont admises indifféremment à la Cour dans l'une ou l'autre langue, il est ici déclaré et ordonné autant que besoin est qu'à dater de ce jour jusqu'au dit quinzième jour de Juillet mil huit cent quarante sept toute personne ayant droit de plaider devant l'une ou l'autre des trois Cours ici mentionnées, d'Appel, d'Assises et de Première Instance, pourront, à leur choix, pour leurs plaidoyer, adopter indifféremment la langue anglaise ou française".
Le texte des règlements de la Cour est signé du Chef-Juge JamesWilson, de S. Villiers Surtees (Vice -Président de la Cour d'Appel) et de Remono (3 ème Juge).
Une trahison de l'Acte de Capitulation de l'île de France
La décision d'imposer la langue anglaise à l'île Maurice (anciennement l'île de France) est, évidemment, considérée par la communauté créole francophone comme une trahison de l'Acte de Capitulation de l'ïle de France signé par le général Decaën en 1810 dans laquelle l'Angleterre s'engagea à maintenir la langue française dans l'île. Il est, certes, vrai que malgré les coups de boutoirs de John Bull à la langue de Molière cette dernière n'a jamais disparue. Mais les Anglais auront quand même essayé de s'imposer par force de loi en pas moins de huit occasions entre le 25 Juin 1833 et 1881. (voir hors-texte), mais la résistance des francophones a été très forte.
Dès le 15 février 1840, soit sept ans avant l'entrée en vigueur des Règlements de la Cour, sous la signature de "Un Cosmopolite", un correspondant du journal Le Mauricien propose lui à l'Angleterre de dorer la pilule et écrit ceci ;
"Monsieur, … au lieu de dire aux Mauriciens : j'ordonne qu'en 1847 vous parleriez anglais, je leur aurais persuadé qu'ils retireront un grand avantage de ce changement de langage. Je leur aurais dit : " vous avez des institutions bâtardes, croisées de toutes races, mi-anglaises, mi-françaises, mi-malabardes et remarquez bien que de ce salmigondis fait usage que de ce qui vous est nuisible et votre Cour d'Assises est d'une absurdité, et vous pouvez avoir le jury anglais. Vous avez des juges, des fonctionnaires publics qui vous sont envoyés d'Angleterre et qui, bien souvent, n'ont pas toutes vos sympathies. Eh bien, en parlant anglais, vous pourriez obtenir ces emplois. Parmi les créoles, il s'en trouve qui ont du mérite ; que font-ils en sortant du collège ? Ils cherchent à s'employer dans les bureaux publics. Ils n'ont aucun espoir de parvenir aux premières places. S'ils se mettent dans le barreau, ils trouvent tant de concurrent que souvent pour vivre ils sont réduits à faire tant la ligne. S'ils se mettent dans le commerce, ils sont destinés à être marchands, ou commis toute leur vie, car pour le haut commerce, la préférence sera toujours accordée au John Bull pur-sang expédié d'Angleterre. Voici bien des griefs, voilà beaucoup de sujets de plainte ; parlez anglais et tout cela cessera…"
Dans le journal Le Cernéen, plus radicale dans sa défense de la langue française, un certain V. S (était-ce Villiers Surtees lui-même?) ayant eu le malheur de trouver quelque justification à la démarche du conquérant anglais d'imposer sa langue, il est pris à partie par un correspondant qui signe "Un avoué "en ces termes :
"Monsieur, un acte impolitique et barbare vient de frapper un peuple soumis et affectionne. Si, comme on le pense généralement, c'est vous, Monsieur, qui avez conseillé telle loi ; si c'est vous du moins, qui en avez précipité l'exécution, vous avez, selon moi, fait commettre au Gouvernement une grande faute, et vous avez assumé sur vous une responsabilité qui vous rend justiciable de chacune de vos victime. A partir de ce jour, la langue anglaise est imposée à une colonie française conquise et jouissant depuis près d'un demi-siècle, du droit naturel de parler sa langue maternelle. Sans évoquer ce précèdent qui constituerait peut-être en faveur de mon pays et aux yeux du monde entier un droit imprescriptible et sacré, je vous défie de me citer, dans l'histoire ancienne et dans celle des conquêtes de la Grande- Bretagne, un exemple de ce qui se passe à Maurice".
La dernière plaidoirie en Français de Me. Antelme
"L'avoué" correspondant du Cernéen en profite alors pour régler son compte avec certains de ses compatriotes Mauriciens, organisés au sein d'une espèce d'aristocratie et qui, malgré ce qui est considéré comme une attaque britannique contre leur culture française, ont quand même décidé qu'il y aura un grand bal à Port-Louis le soir même du triste 14 juillet 1847.
Ce bal, d'ailleurs, sera la cible d'une manifestation au cours de laquelle des pierres sont lancées sur les danseurs par des personnes hostiles à l'imposition de l'anglais. La Police interviendra et arrêtera une dizaine de fauteurs de trouble. Selon le journal Le Mauricien, cet incident donnera ensuite l'occasion, deux jours après, à Me. Antelme, défenseur des accusés devant la Cour d'Assises, "de faire une éloquente plaidoirie qui fut, en même temps, un touchant adieu à la langue française qui a été salué par des applaudissements tellement bruyants et prolongés que le Chef-juge et le Substitut du Procureur Général ont eu beaucoup de peine à faire rétablir le silence. Toujours selon le journal, "jamais de mémoire des plus anciens membres du barreau, la foule n'avait manifesté un pareil enthousiasme".






Malgré leur engagement, pris dès 1810 lors de la conquête de l'île de France, de conserver l'usage de la langue française comme une condition de la capitulation, l'autorité coloniale britannique fut tentée, assez rapidement, de supplanter le français par l'anglais comme "langue nationale". Le Secrétariat colonial de Londres procéda par étapes :
- A partir du 25 Juin 1833, tous les document adressés au Home Government de Londres devaient être rédigés en anglais
- Au 24 février 1841, seules les versions anglaises des textes de lois étaient considérées comme originales
- Au 15 Juillet 1847, seul l'anglais est utilisée dans les cours de justice
- L'ordonnance no. 21 de 1851 stipule que tous les documents de la Municipalité de Port-Louis se doivent d'être en anglais
- En 1856, l'anglais et le français deviennent optionnelles dans les correspondances aux autorités publiques
- L'ordonnance no. 3 de 1874 fait retirer de la liste des jurés ceux qui ne comprennent pas l'anglais
- En 1880, sont réadmis dans la liste des jurés ceux qui peuvent converser dans la langue.
- Petite concession britannique en 1891, la traduction des témoignages donnés en anglais en cours de justice n'est plus requis dans certains cas.

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