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Prostitution étrangère
PROSTITUTION ÉTRANGÈRE
Les immigrées du sexe
Pour quelques-unes des ouvrières expatriées travaillant dans les usines mauriciennes, le commerce sexuel reste un moyen de subsistance. Au fil des années, cette pratique s'est implantée dans le paysage, soutenue par des réseaux organisés qui opèrent depuis leur pays d'origine et qui ont étendu jusqu'ici leurs tentacules.
Il y a quelques années à peine, la prostitution parmi les ouvrières étrangères recrutées pour travailler dans le textile mauricien suscitait encore la curiosité. Très rapidement, le phénomène a pris des dimensions plus importantes, certaines ruelles de la capitale ou d'ailleurs devenant des lieux de rendez-vous. Il n'y a, certes, pas lieu de généraliser ou de faire des amalgames hâtifs, mais dans le pays, des réseaux se sont installés autour de certaines de ces femmes qui, à travers le commerce du sexe, ont trouvé une autre façon de subvenir à leurs besoins financiers et ceux de leurs proches restés dans leur pays d'origine.
Couverture. Ici, comme ailleurs, certains ont su tirer profit de la vulnérabilité de ces ouvrières. Quelques-uns des réseaux remontent jusque dans de petits villages chinois ou malgaches, avec la complicité de contacts locaux, expatriés comme Mauriciens. Ce trafic humain, qui a pour couverture le recrutement d'ouvriers étrangers, rapporterait gros, certaines passes atteignant jusque Rs 3 000… dans d'autres circonstances, les tarifs restent dérisoires. Il est organisé de manière à perdurer, celles qui rentrent chez elles au terme de leur contrat étant rapidement remplacées. C'est ce qu'a révélé un constat réalisé sur le terrain et auprès des personnes en contact avec ce milieu.
Constat. À la nuit tombée, quelques ruelles de la capitale offrent un aperçu de ce phénomène. Ça et là, arrivées en taxi, quelques femmes, en groupe ou en solitaire, s'aventurent dans des bars, clubs ou maisons de jeu. Habillées chic, non qu'elles soient venues se payer du bon temps, ces femmes, des Chinoises pour la plupart, sont elles-mêmes à la recherche de clients, nous explique un habitué des lieux. Comme c'est souvent le cas, c'est auprès de marins asiatiques, dont les navires sont mouillés dans le port, qu'elles tenteront, ce soir encore, leur chance. "Il est très rare de voir l'une d'elles aborder un Mauricien. C'est fait en cas de réelle nécessité", explique l'une des personnes rencontrées.
Bar karaoké. Selon des renseignements glanés sur les lieux, les ouvrières chinoises viennent de diverses régions de l'île, notamment Beau-Bassin, Curepipe, St Pierre… Port-Louis est le centre névralgique de cette pratique et offre plus de possibilités aux ouvrières chinoises, explique une source. Les casinos, les bars et autres sont généralement des endroits fréquentés par les marins taïwanais et philippins qui sont les principaux clients de ces sex workers étrangères. "Ces femmes se tournent plus vers ces derniers, car ils payent plus, environ Rs 3 000, mais aussi parce que la communication est plus facile. Ils parlent tous le mandarin", dit un chauffeur de taxi. Auprès des hommes abordés par ces femmes dans les maisons de jeux ou les bars, les négociations autour des tarifs sont des fois peu discrètes et prennent du temps. Une fois le deal convenu, les clients et les femmes se retirent pour des chambres d'hôtels ou autres. Dans certains cas, une seule femme se fait accompagnée d'un groupe d'hommes. Ce qui est sûr, c'est que la prostitution en ces lieux reste viable grâce au concours de la clientèle.
Entremetteuse. Comme constaté, quelques-unes des ouvrières opèrent seules ou en groupes. D'autres, se font, pour leur part, accompagnées d'une entremetteuse qui s'occupe de rabattre la clientèle et des négociations. Connues des agents de sécurité qui opèrent dans une des maisons de jeu de la capitale, ces femmes se font refouler aux portes de l'établissement. Mais, elles finissent par revenir : "La direction ne peut ou ne veut rien faire contre elles. Cela pourrait nuire à son business, car les marins jouent beaucoup dans ce casino et fréquentent ce lieu dans le but de trouver une femme pour la nuit", explique notre source.
Réseaux. Originaires de Chine, durant le jour, plusieurs de ces femmes travaillent dans des usines de textile. Une fois habituées au pays, elles sont branchées sur le commerce sexuel par d'autres de leurs collègues, dont certaines connaissent très bien Maurice pour y avoir vécu pendant quelques années ou qui y sont revenues pour quelques contrats. Certaines d'entre elles, nous explique une personne connaissant le milieu, agissent pour le compte de recruteurs qui sont, eux, en Chine. Ces derniers embauchent principalement dans de petits villages auprès de familles se trouvant souvent dans le besoin. Une fois leurs cibles repérées, c'est avec de l'argent et de belles promesses d'avenir que ces recruteurs les appâtent. "Ils disent à ces filles qu'elles n'auront qu'à faire ce travail pendant deux ans et qu'elles toucheront aussi un salaire de l'usine qui les emploiera", explique l'une des personnes rencontrées. Dans le passé, les conditions de recrutement avaient été déplorées par les ouvriers qui avaient manifesté. Les contrats pour Maurice sont, dans certains cas, payants. De plus, les ouvriers avaient expliqué qu'une partie de leurs salaires était versée aux recruteurs. Selon nos renseignements, il semble évident que les liens entre certaines entremetteuses et leurs contacts chinois restent étroits. Pour chaque fille, le recruteur touche de l'argent de leurs contacts à Maurice. Ceux-là touchent entre 30 et 50% de l'argent que gagnent ces femmes par soirée.
Bangladesh & Sri Lanka. Le commerce sexuel parmi les ouvriers expatriés ne concerne pas les Chinoises uniquement. Dans un quartier de la périphérie de la capitale, il est aussi question de Sri Lankaises et de Bangladeshies. Ici, un nouveau phénomène a été noté par le voisinage depuis quelque temps. "Ce sont pour la plupart des Sri Lankaises et des Bangladeshies. Elles se prostituent dans le quartier même", dit Ruben, un habitant des lieux. L'organisation a ici un schéma différent. Les femmes concernées sont rarement vues dans les rues le soir. Toutes les "transactions se font entre 11h30 et 13h, heure de leur shift ou de pause déjeuner", ajoute-t-il. En effet, c'est aux alentours de 11h30 que l'on peut apercevoir des jeunes femmes attendant sous un arbre, dans un coin désormais réputé du quartier. Elles sont vite approchées par des hommes. Une fois le contact établi, certains descendent par des petits sentiers qui conduisent vers une plage de roches, endroit fréquenté que par de rares pécheurs. Le tarif demandé par ces filles varie "entre Rs 50 et Rs 100 dépendant de l'heure", selon l'une de nos sources.
Iceberg. Ces différents cas de figure, laissent comprendre ceux rencontrés, ne constituent que le sommet visible de l'iceberg. Les uns et les autres parlant d'une organisation encore plus établie, mais qui reste particulièrement discrète. Peu est en effet connu du sort réel de ces femmes et des véritables circonstances qui les ont amenées vers le commerce sexuel. Ce qui semble très probable dans plusieurs cas, c'est que la précarité de leur situation d'origine les y pousse. Si d'aucuns ont tenté de venir en aide à certaines d'entre elles dans le passé, la barrière imposée par la différence des langues a été un réel obstacle, alors que beaucoup de ces femmes restent farouches.
Milieu privé
Selon un travailleur social, la prostitution étrangère à Maurice compte aussi des Réunionnaises. "Elles opèrent plus dans un circuit très fermé, souvent dans des clubs privés, entre autres", dit-il. C'est boîtes privées proposent les services de ces femmes "à des prix exorbitants et trouvent malgré tout preneurs". Ce réseau de sex workers réunionnaises est, toutefois, occasionnel. Elles viennent à Maurice le temps des vacances et récoltent un joli capital, traitant uniquement avec des gens aisés. Pour ce qui est des Malgaches, ces dernières sont plus visibles dans les boîtes de nuit du Nord. Elles "travaillent" la plupart du temps pour le gérant d'une discothèque ou pour un chauffeur de taxi.

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