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Vieux 22/04/2007, 15h11
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La mémoire du créole 204 ans après

Panorama de la littérature mauricienne, vol 1

La mémoire du créole 204 ans après


L'intérêt porté à la littérature créolophone des premières traces jusqu'à 1968 est à l'origine d'un ouvrage important de Robert Furlong et Vicram Ramharai. Panorama de la littérature mauricienne, la production créolophone, publié dans la collection TIMAM (Textes Inconnus et Méconnus d'Auteurs Mauriciens), groupe les documents de la production créolophone à Maurice pour assurer la sauvegarde et l'accès le plus large à un inestimable héritage culturel.

Les manuscrits et autres documents originaux en créole constituent pour le pays une source de légitime fierté et un patrimoine fragile en raison de divers facteurs. Il est aujourd'hui indéniable que les textes fondateurs (début 19e et 20e siècles) qui constituent ce patrimoine en créole méritent d'être préservés et diffusés. Robert Furlong, chercheur indépendant, et Vicram Ramharai, Senior lecturer au MIE, se sont lancés dans cette aventure depuis fin 2005. Résultat: un volume de plus de 500 pages qui rassemble des textes en créole et sur le créole à valeur documentaire, historique ou scientifique (l'étude de Savinien Mérédac sur le fonctionnement du créole en 1926).

Les auteurs, dans leurs choix, ont voulu donner une juste vue d'ensemble de la production créolophone à Maurice avant 1968, d'en montrer les diverses tendances, fussent-elles parfois les plus opposées. Le tome 1 compte tous les auteurs mauriciens (à l'exception de Gumbo Zhèbes et son dictionnaire de proverbes en créole, 1885, et le Pasteur Samuel Anderson). Des écrivains dignes de figurer dans un tel panorama par leurs travaux abondants et qui témoignent de la richesse du créole ainsi que de son évolution comme langue vivante.

Les textes reproduits sont d'âges différents, livrés avec une présentation globale et un minimum de commentaires. À chacun d'en faire sa propre analyse, avancent les auteurs. Ils précisent aussi, dans l'avant-propos du Panorama, le soin qu'ils ont pris pour reproduire les documents avec la plus grande fidélité. Un souci qu'ils ont poussé jusqu'à respecter les fautes ou les coquilles du texte d'origine. À signaler l'illustration de la couverture: une aquarelle de Paul Commarmond, Canadien d'origine mauricienne, qui a travaillé avec les créolistes canadiens.

Si les auteurs du Panorama de la littérature mauricienne Vol 1 ont limité leurs commentaires, on peut établir le constat suivant dans cette première édition: il semble que ce sont des Blancs qui sont à l'origine de cette mémoire créole, à l'exception de Léoville L'Homme. Autre constat: l'évolution de la production créolophone. On note une première phase au 19e siècle où le créole était digne de représentation littéraire à Maurice. À partir de 1870 apparaît l'ère du soupçon, avec les questionnements sur le patois comme langue dite mineure. Dans un troisième temps, à partir de 1931, le créole est carrément considéré comme une pauvre langue, sauf en 1953 où l'on note un sursaut avec la place accordée au créole dans le combat politique dans le journal L'Epée. Si l'engouement moderne pour le créole date des années 70 avec le militantisme, la quête identitaire et la revalorisation de la langue, on note qu'au moment de l'indépendance, il n'y avait aucune revendication du genre.

Quant à la place qu'il nous est permis de donner au nouvel ouvrage, un marché existe à l'étranger pour ce genre de panorama. Il existe le CAPES en créole mais pas de documentation sur Maurice. L'utilisation de textes en créole au niveau pédagogique est de plus en plus fréquente. La présente édition vient combler une lacune. Par ailleurs, l'accès aux documents originaux en créole n'est pas toujours facile. La plupart sont conservés à la Bibliothèque Nationale à Port-Louis ou à la librairie Carnegie à Curepipe. Les auteurs ont voulu donc démocratiser l'accès à la littérature créolophone.

Robert Furlong et Vicram Ramharai, dans une publication qui se veut plutôt exhaustive, lèvent le voile sur les richesses du créole depuis quasiment l'origine de cette communauté insulaire. Les auteurs veulent dans un prochain temps gérer la collection TIMAM et la placer chez des éditeurs intéressés. Les lecteurs peuvent s'attendre à un panorama de la littérature mauricienne en langue hindi ou en anglais, dans le prolongement du présent ouvrage.
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