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Vieux 28/02/2007, 12h26
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Hommage à Marcel Cabon (février 1912 - janvier 1972)"

Hommage à Marcel Cabon (février 1912 - janvier 1972)"Il a été de ce pays comme personne !"
Sedley Assonne
Port-Louis

A lire la fiche biographique de Marcel Cabon, on a peine à croire qu'il n'a pas connu les bancs de l'école. Et pourtant, il n'a fréquenté le milieu scolaire que jusqu'à la sixième. Et il n'a jamais connu l'université. Mais le parcours de cet autodidacte de la plume ferait aujourd'hui rougir nombre de jeunes bardés de diplômes.
Contemporain de Seewoosagur Ramgoolam et de Malcolm de Chazal, Cabon adhérait aux idées du Parti travailliste. Il devint un choix logique pour la direction du journal fondé par SSR et contribua, avec 'Thumb Mark II', à donner un ton culturel au journal de la rue Dumas, Port-Louis.
"Mais qu'on n'aille pas croire qu'il est l'homme d'un parti qui veut faire lever l'étendard contre un autre parti. Non. S'il a un parti, c'est celui de la justice et de la vérité". "Mauricianiste" dans l'âme, il forgea ce mot pour célébrer cette île Maurice plurielle, que chantera plus tard Edouard Maunick. Visionnaire, il fut parmi les premiers à chanter les mérites de l'Inde, loin de certains discours creux et autres clichés sur la Grande péninsule. Et s'il naquit un 29 février à Curepipe Road, c'est en milieu rural, à Petite-Ri-vière, qui deviendra 'Brunepaille' sous sa plume, et à Vallée-des-Prêtres, qu'il s'épanouira au soleil de son île. Sa rencontre avec le poète Lucien Lebret et Jean Erenne (pseudonyme de Jean-René Noyau), le père du surréalisme à la mauricienne, achèvera de transformer le jeune homme.
Joseph Tsang Mang Kin était lui aussi tout jeune quand il rencontra pour la première fois Marcel Cabon : "C'était à l'époque du consulat de France. Invité à une réception, j'étais à la porte de cet établissement, un peu hésitant, quand Cabon est venu m'accueillir. Ce geste de compréhension et de profonde affection, je m'en souviendrai toujours. Une fois, je suis allé le voir à son bureau, à Advance. Cela l'avait beaucoup touché que je sois venu le voir, uniquement pour être en sa compagnie. Je lui avais dis que j'avais juste besoin de sa présence et de son amitié".
"Le tronc de l'église Sainte-Anne"
Devenu diplomate à l'Unesco, Joseph Tsang Mang Kin le recevra à son bureau, rue Faraday, à Paris. "Il m'aimait beaucoup et on parlait souvent poésie, jamais politique. Entre nous deux, c'étaient des relations humaines, chaudes, authentiques. L'autre jour, je pensais à lui, car je travaille sur une chronologie de la littérature mauricienne. Et j'ai compris que Cabon, à 60 ans, est mort trop jeune. Quand je suis retourné à Maurice, ça m'a fait de la peine d'apprendre sa mort". L'auteur du 'Grand Chant Hakka' se souvient que "la chose qui avait le plus profondément blessé Cabon, c'était qu'on l'ait accusé dans sa jeunesse d'avoir puisé dans le tronc de l'église Sainte-Anne, à Petite Rivière. C'était un homme qui a connu la misère. Mais il est resté un homme vrai. J'ai la plus grande admiration pour lui".
L'épisode du tronc de l'église Sainte-Anne a trait à l'époque où Cabon officiait comme sacristain. Il en parle dans 'Rémy Ollier', biographie consacré au grand tribun : "L'église n'était pas construite (qui le fut par le père Laval), ni la fontaine où, avant de servir la messe, j'allais puiser l'eau de la journée. . . " Les mauvaises langues prétendent que le jeune Cabon n'hésitait pas à mettre la main dans la poche du Seigneur quand il se trouvait dans la dèche. Vrai ou faux, nul ne saurait se prononcer sur cet épisode. Mais, il demeure un fait que Cabon a connu la misère.
Orphelin de père, il a vécu à la dure, devant travailler comme débardeur dans le port et laboureur dans les champs. A Petite-Rivière, où il grandit, il s'amusait "avec tous les garnements" du village. "Je passais mes samedis à battre la campagne, trempant mes culottes dans les ruisseaux, grimpant aux arbres, passant au travers des haies, me déchirant à tous les buissons". On le voit "dans la maison Vally dont les ruines disparaissaient sous l'aloès et le jamblonnier, passer sous ces lafouches, sous ces manguiers, contempler la montagne Jacquelin, les pentes herbues de la Petite-Rosière. . . "
C'est dans la nature qu'il devient poète, "parce que la poésie est chose céleste". Et sa poésie à lui est d'être la conscience de sa race, de donner le "branle aux esprits". Vèle Kadressen, maître-photographe, se souvient d'un Cabon "fort en gueule, un peu comme le Dr Philippe Forget. Mais, le lendemain, il pouvait redevenir ami avec vous. A l'époque, je faisais des photos pour Advance. Je le croisais souvent dans des réceptions. Et quand il a fait "Kélibé Kéliba" au Morne, j'étais là aussi. Il avait été très heureux de l'article paru dans l'Express. Je sais qu'il était très proche de Sir Seewoosagur Ramgoolam".
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