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Vieux 21/02/2007, 10h00
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Irlande: Prostitution Et Striptease

IRLANDE: PROSTITUTION ET STRIPTEASE

Des dangers auxquels sont exposés les étudiants


Après la France, l'Italie et l'Angleterre, les Mauriciens qui désirent émigrer se tournent vers l'Irlande. Pour s'y rendre, ils sont nombreux à utiliser les études comme tremplin, mais une fois dans le pays, ils font face à des difficultés financières, explique Celva Runghen, consultant en immigration. Selon lui, certaines étudiantes, initialement employées comme serveuses, seraient contraintes à la prostitution. Nisha, qui était récemment de passage à Maurice, nous a raconté sa mésaventure dans ce pays.
Même si Nisha a fière allure lors du mariage de sa cousine, elle garde un lourd secret. Secret qu'elle a décidé de partager avec Scope afin de mettre en garde ceux qui désirent émigrer en Irlande. Non, précise-t-elle, l'herbe n'y est pas tout à fait verte, comme ledisentcertains agents en ce moment. Nisha (nom fictif), qui exige l'anonymat car elle ne veut surtout pas que sa famille sache ce qu'elle a fait en Irlande, raconte : "Après avoir versé une somme de Rs 150 000 (que mon père a empruntée auprès d'une banque) à un agent de la capitale, j'ai pu quitter Maurice en 2003. Lors de notre dernière rencontre, ce dernier m'a dit qu'il avait tout organisé et que je n'avais rien à craindre. Selon lui, j'avais tout payé, que ce soit l'université, le logement etc. Mais grande fut ma surprise quand j'ai atterri en Irlande, lorsque ma famille d'accueil venue me chercher m'a demandé de l'argent, car ils n'avaient rien touché encore.Il m'a fallu leur donner l'argent que j'avais sur moi. À peine une semaine passée, j'étais presque sans le sou. Pire encore : le collège où j'etais censée avoir été inscrite n'existais même pas.De peur que cela ne nuise à la santé de mon père, qui souffre de problèmes cardiaques, j'ai gardé mon sang-froid. Et il fallait à tout prix trouver de l'argent. C'est là que la femme qui m'hébergeait m'a conseillé de travailler. Je n'ai rien trouvé, si ce n'est qu'un job de serveuse dans un club. Les quelques amies que j'ai rencontrées durant mes premiers jours faisaient ce boulot. Et je m'y suis lancée. Quand j'ai quitté Maurice, l'agent m'avait dit que je trouverais de l'emploi dans des supermarchés facilement car je partais sur un work study program, mais c'était faux."
Vérité. Il y a certaines vérités que les Mauriciens doivent savoir avant de prendre le risque de partir pour l'Irlande, explique Celva Runghen, consultant en immigration."Les Mauriciens se laissent berner. En réalité, la situation est tout autre. Le Work Study Program n'existe pas vraiment dans ce pays. On ne dit pas aux jeunes qu'ils ne peuvent pas travailler au-delà de 20h par semaine. Ce qui fait que l'argent qu'ils touchent n'est pas suffisant, même pas pour payer le loyer. On dit aux Mauriciens qu'ils n'ont pas besoin de visa quand ils entrent dans ce pays. Toutefois, ils feront face à de grandes difficultés quand ils devront le renouveler, car c'est là que le Garda National Immigration Bureau (GNIB) demandera des explications et s'il découvre que la personne n'étudie pas alors qu'il est sur un visa étudiant, il y a le risque de déportation.Entre-temps, les Mauriciens qui se sont endettés pour aller en Irlande font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas revenir. Certaines filles préfèrent même gagner leur vie en se prostituant", dit Celva Runghen.
Striptease. Ainsi, dans le club où elle travaille, en dehors de sa fonction de serveuse, on demande plus à Nisha. "Une copine de la Roumanie m'a présentée au patron d'un club. Le deuxième jour, il m'oblige à monter sur le bar. "Either you do it or you quit !" m'a-t-il lancé. J'avais peur, mais en même temps, j'avais besoin d'argent car je ne voulais pas rentrer au pays, tenaillée que j'étais par la honte. C'était à moi de rembourser ma dette, pas mon père. J'ai cédé. De toutes les façons, je n'avais pas le choix. J'ai commencé à avoir plus d'argent", avoue-t-elle. Mais la situation se corse quand Nisha est poussée vers la prostitution. "Le patron me proposa un beau jour de coucher avec un Égyptien. J'ai eu peur et j'ai regagné ma demeure pour ne plus revenir au club. Je connais des Mauriciennes qui le font encore. Finalement, c'est un cousin de Londres, à qui j'avais raconté mes mésaventures, qui m'a aidée à quitter ce pays en traversant le nord de l'Irlande en ferry pour gagner l'Angleterre. Il a pu m'inscrire à des études de nursing. À Londres, la vie est difficile aussi, mais on a la possibilité de travailler dans différents domaines." Nisha fait actuellement son National Vocational Qualification in Health and Social Care, niveau 3.
Facts. Soulignons que les autorités irlandaises sont au courant du fait que des étudiants sont contraints de se prostituer pour payer leurs études. Ainsi, dans un article de presse l'an dernier, Jenny Duncan, un membre de la National Union of Students en Écosse, a soutenu que les étudiants étrangers ne se contentaient pas seulement d'être strip-teaseuses mais se prostituaient à Dublin."We have heard of students being forced to work in strip clubs, but this is the first time we have heard about students in Dublin working as prostitutes for the week-end. If this is the case we have very real concerns about their safety and would urge any student worried about debt to contact their student association. Debt is a huge worry".
Un officier du Garda National Immigration Bureau (GNIB) d'Irlande a, lui, soutenu, dans un autre article l'an dernier, que "la prostitution et le strip-tease sont un chemin plus facile pour les jeunes de gagner de l'argent". "It is a business for these girls. There is no question that these girls are being trafficked. They are here for the money."
Celva Runghen est plutôt d'avis que ces jeunes sont poussés vers la prostitution car ils ont des dettes. "On dit aux gens qu'ils peuvent émigrer avec un Form IV, car il peut prendre 6 mois de cours d'anglais au préalable. Mais ce qu'on ne leur dit pas, c'est que pour pouvoir le faire, il faut faire une inscription pour un university diploma or degree. Que fait le jeune aussitôt qu'il débarque à l'Université (si elle existe !) et qu'on lui demande de payer une grosse somme d'argent (full fees) ?"
Arnaque. Ben, 20 ans, parti faire un diplôme en Hotel Management, peine à survivre en Irlande. Il nous raconte son calvaire au téléphone. "Après avoir payé à l'agent Rs 100 000, je ne savais pas que j'aurais eu à payer la famille d'accueil, le logement et les cours. C'est de l'arnaque et quand je rentre, je voudrai bien régler son compte à cet agent. Pour ne pas faire honte à mes parents, je continue mes études tout en travaillant comme serveur. Là aussi, avec les 20 heures de travail allouées aux étudiants, je me retrouve dans l'obligation de travailler au noir. Mais je conseille aux parents d'y penser à deux fois avant d'envoyer leurs enfants dans ce pays". Ben, qui ne fume et ne boit pas car il est asthmatique, est obligé de partager sa chambre avec deux drogués. "Ils tentent de m'influencer mais je tiens bon. L'agent n'a jamais dit que je devais partager ma demeure avec une autre personne. Je cherche une maison. Pour cette box room, je paye 300 euros par semaine. Souvent après paiement, il ne me reste rien pour la nourriture."
Ben compte regagner le pays prochainement, alors que Nisha ne veut pas faire marche arrière, ayant choisi de vivre à Londres. Le consultant en immigration insiste : la vigilance s'impose ! Il prévoit une "mass déportation" dans les mois à venir car ceux qui iront renouveler leur visa auront à prouver financièrement comment ils feront pour vivre.


WES
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