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Vieux 07/11/2006, 11h00
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Fer mwa mazine mo ti la route tou lé matin pou alle boulo
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Posté par Dev
Le ghetto de la honte
À Bois-Marchand, aux abords de l’autoroute, on aura beau essayer de détourner le regard, une cité en tôle est, inexorablement, en train de s’élever. Dans l’indifférence.
La majorité des familles qui se sont installées sur ces terres sont des ex-squatters du NHDC de Terre-Rouge.Autoroute du Nord, à hauteur de Bois-Marchand : combien d’automobilistes daignent regarder ce qui a été bâti en face du cimetière ? Spectacle affligeant ? Réponse : un ghetto de bicoques en tôle, qui a poussé aux frais de l’Etat. Les habitants, on les appelle les ex-squatters.

Cette autoroute, ils ne sont pas que des Mauriciens à l’emprunter. Quotidiennement, des touristes y passent pour découvrir le paradis des hôtels quatre-étoiles.

Des taudis, certains en construction et d’autres déjà prêts : voilà qui met à mal le mythe d’une île Maurice moderne à la recherche de deux millions d’hôtes de qualité.

Derrière ce ghetto en construction, des vies misérables subsistent, mal cachées du regard des étrangers. Cela fait plus d’un an qu’ils sont là, ces anciens squatters, venus de différents endroits de Maurice.

On aura beau essayer de détourner le regard, la cité en tôle est, inexorablement, en train de s’élever. Lentement mais sûrement. Elle monte, comme un appel de détresse, et grandit avec ces personnes qui dépendent de l’État pour avoir un toit.

Et l’État a répondu à cet appel… en négligeant bien d’autres de ses devoirs. En louant à ces personnes – 29 familles au total – un morceau de state land de 172 m2 pour une durée de 54 ans. Ce contrat avec l’Etat a été conclu en août 2005 et expirera le 20 juin 2060. Mais le contrat est résilié à la mort de celui à qui on a octroyé le lopin de terre.

L’express a été à la rencontre de ces personnes qui vivent dans une misère abjecte. Elles ne sont pas conscientes que leurs “maisons” offrent une vue qui fait honte à ceux qui utilisent l’autoroute. Pourquoi le seraient-elles ? Certaines sont occupées à survivre alors que d’autres sont d’avis que l’État doit impérativement s’occuper d’elles et de leurs enfants.

Margaret Milazar est de celles-là. Elle a sept enfants, vit dans une misérable case de deux chambres en tôle. Elle ne travaille pas mais assure qu’elle le fera “si gayn travay”. Excepté qu’elle ne sait pas où aller pour en chercher. Ses “voisines” non plus d’ailleurs. Elles pensent déjà à leurs enfants et se désolent que “gouvernma pa pou donn sa later la nou bann zenfan.” L’école ? “Pena kas pou ale.”

Comment ceux-là se sont-ils retrouvés dans cette situation ? La majorité de ces familles sont d’anciens squatters du complexe NHDC de Terre-Rouge. Une bonne âme au ministère du Logement leur avait promis de leur trouver une place où vivre.


“Construire un mur”

Cet endroit, c’est Bois-Marchand, aux abords de l’autoroute. Le Trust Fund For the Rehabilitation of Vulnerable Groups (TFRVG) leur a fourni le matériel nécessaire – de la tôle et du bois – pour qu’ils puissent construire leur logis, en vérité un ghetto qui servira à les exclure encore plus de cette société mauricienne dite moderne.

Le ministère du Logement se dit conscient que la nouvelle “cité” est effectivement un eyesore. Comme il fallait bien trouver une solution au problème, il a donc choisi de blâmer le TFRVG.

“C’est le TFRVG qui reloge ces gens”, indique un porte-parole du ministère. Excepté qu’il s’agit de terres de l’État et que c’est l’État qui décide à quelles fins les utiliser.

“Il faudra peut-être construire un mur pour qu’on ne les voie pas de l’autoroute”, lâche une source au ministère du Logement, pour qui le problème ne semble pas être si grave ! Finalement tout se passe comme si chacun, ou presque, trouvait son compte dans cet exercice de relogement ; si les habitants de la nouvelle cité de Bois-Marchand sont satisfaits de ne plus dormir à la belle étoile, le ministère peut se féliciter d’avoir pu trouver une solution à l’épineux problème de squatters.

Le hic c’est que le problème du eyesore n’est pas temporaire. N’oublions pas que le droit d’occuper ces terres de l’Etat a été octroyé à ces personnes pour 54 ans. D’autres sans domicile fixe, qui ont appris que “gouvernma pe donn later”, se sont aussi précipités à Bois-Marchand. Puisque l’on est solidaire quand sa situation est précaire, les “voisins” partagent “en tigit fey tol”. C’est ainsi que plusieurs autres familles “ki pena papie” ont aussi élu domicile à Bois-Marchand.

José Casimir est l’un d’eux. Ce père de famille qui “n’a pas de travail fixe, étant maçon”, a pu donner un toit à ses trois enfants âgés de deux à huit ans grâce à la “générosité” de ses “voisins”. Et comme lui, Karen, 19 ans, mère de trois enfants, également “sans papier”, ne désire qu’une chose : “ki minister donn mwa papie”.

Le ministère semble s’être lassé du problème mais toujours préoccupé par les critiques dont pourrait faire l’objet la “cité”. Sans plus.

Entre-temps, les usagers de la route, dont des touristes, continueront à être ‘incommodés’ par la honte. Ce n’est peut-être pas plus mal. Car ce ghetto fait aussi partie du visage de Maurice. Ce qui est alarmant, c’est que l’on ne songe même plus à s’en émouvoir.
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