Radio Moris Sega Music Mauritius Ile Maurice - Afficher un message - L'état offre Rs 4,5 M à la veuve de Kaya
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Vieux 15/09/2006, 13h22
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Rambo Morisien
 
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UNE HISTOIRE DE MUR
Il faut bien savoir qu'à Maurice, contrairement à nombre d'endroits, il n'est pas si simple de consommer ou même de parler de l'herbe. Pour être plus précis c'est même très dangereux et sévèrement condamné.
L'état ne fait de différence entre les drogues et condamne à de fortes peines (souvent perpet) les dealers, usagers et militants. Pourtant il faut aussi noter que les Indiens du pays boivent impunément une décoction de la même herbe au nom de leur religion, sans connaître aucun problème.
C'est vrai que la drogue est un véritable fléau à Maurice, notamment dans la communauté créole, déchirée par l'alcool, le subutex et l'héroine. Mais cette excuse ne fait que masquer les véritables problèmes de la société mauricienne et ne sert qu'à écraser une communauté en mal de reconnaissance, les créoles.
La peine de mort a bien été abolie, mais le président ne l'ayant pas promulguée officiellement, certains continuent de réclamer son application pour les trafiquants de drogue. Lesquels sont souvent étrangers, pauvres de surcroit, comme les passeurs Tanzaniens ou Sri-Lankais.
Pourtant, depuis quelques années, certains hommes politiques conscients du malaise, revendiquent un assouplissement de la loi, voir même une libéralisation dans un pays finalement assez consomateur. C'est le crédo de l'avocat Rama Valayden, leader du Mouvement républicain (MR). Du coup, de nombreux artistes se rattachent à sa cause et participent à ses meetings, qui prennent la forme de concerts, un peu comme les bandwagons, en Jamaïque, dans les années 70-80.
Le 16 février 1999, le mouvement républicain organise un grand concert gratuit en faveur de la dépénalisation du gandia, rue Edward-VII au Réduit, quartier proche de Rose-Hill. 5 groupes sont à l'affiche, dont l'inévitable KAYA.
Valayden ouvre les festivités par un discours en faveur de la dépénalisation des drogues douces, affirmant : "mo pou amène dépénalisation, sinon mo pas pou dans gouvernement", comme l'a rapporté la presse locale. Valayden demande ensuite à la foule de voter à main levée quatre résolutions réclamant cette dépénalisation et lance un appel au Premier ministre Navin Ramgoolam pour que les personnes incarcérées pour possession de "gandia" (environ 2000, soit 75% de la population carcérale, pour des condamnations allant de quelques mois à deux ans) soient amnistiées.

Totalement enjouée par ce meeting la foule se presse et atteind rapidement les 2000 participants. Survoltés, de nombreux jeunes parmi lesquels des rastas, allument impunément leurs joints, provoquant les agents de la Special supporting, qui munis de gourdins, n'interviendront pourtant pas.

Ce n'est que le surlendemain que l'état et les forces de polices décident d'interpeler 5 personnes identifiées comme ayant fumé ou incité à fumer du gandia pendant le concert. Parmi eux, KAYA, qui avoue avoir fumé ce soir là et se retrouve illico presto incarcéré à la prison d'Alcatraz, centre de détention traditionnellement destiné aux gros dealer et criminels.
Une somme considérable de 10 000 roupies (2500Fr) est alors demandée pour la remise en liberté de l'artiste. Sa femme, aidée par ses musiciens et certains membres du MR (pas Valayden), réussit
à regrouper la somme et s'apprète à mettre fin à une histoire une fois de plus ridicule et discriminante.

Cependant, suite à diverses maladresses des avocats et surtout à un manque de soutien politique du MR pour le faire libérer rapidement, KAYA ne peut pas sortir ce samedi 20 février et doit attendre le lundi pour être remis en liberté.
Seulement KAYA ne sera plus jamais libre, sa femme ne le verra plus jamais vivant, il est retrouvé mort dans sa cellule, le matin du dimanche 21 février.
Rares sont ceux qui croient à la version officielle, selon laquelle Kaya, en crise de manque, se serait brisé le crâne en se jetant contre les murs de sa cellule. Une contre-expertise demandée par la femme de KAYA, menée par un médecin-légiste réunionnais, le Dr Ramstein, viendra d'ailleurs contredire cette thèse et montrer que la victime a été battue. Elle n'a pas été, pour reprendre le « Margouillat », victime d'un « accident de mur ».

La nouvelle se répend rapidement sur l'île, entraînant les larmes de nombreuses personnes puis le sentiment de vengeance. Les premières émeutes commencent alors dans le quartier de Roche-Bois puis s'étendent au reste du pays. Des barrages sont dressés jusque dans les rues de la capitale, et rapidement la police répond aux manifestants par des tirs à balles réelles, blessant mortellement de nombreuses personnes dont Berger Agathe, un ami de Kaya, lui aussi musicien.
Les violences se nourissent en premier lieu de la contestation de la thèse officielle du suicide du chanteur, mais le malaise est bien plus profond et il
s'agit en fait de l'expression d'un sentiment d'injustice portant sur l'accès à la sécurité et aux ressources nationales de la communauté créole.
La mort de KAYA, qui s'engageait en faveur d'une société multiculturelle et d'une conscience nationale mauricienne, cristallise toutes les tensions, il s'en faut alors de peu pour que Maurice ne verse dans l'affrontement généralisé, qui marque l'opposition raciale entre les communautés créoles et hindoues ...



Quasiment 5 ans plus tard, le souvenir de KAYA est toujours aussi présent à Mauritius, il a réellement marqué l'histoire de son nom.
Pourtant le gouvernement mauricien ne l'entend pas de cette oreille et tente en permanence de noyer cette histoire comme toutes les autres affaires similaires.
La crise économique mondiale amplifiant le phénomène, les inégalité sociales se creusent et la drogue est plus que jamais présente parmi les jeunes déshérités, ouvrant une fois de plus une brèche à la repression.
Les rivalités ethniques sont alors partiellement contenues par le gouvernement qui continue sans vergogne à exercer une politique communautariste, au détriment des minorités. Il faut dire qu'ils ont fort à faire pour développer le tourisme et avoir l'air d'un vrai petit paradis tropical !

La dernière abération en date : l'arrestation du vétéran rasta RAS NATTY BABY, accusé de complicité de trafic d'héroine. Une affaire très douteuse, critiquée et qui entraîne à nouveau un puissant malaise au sein des communautés mauriciennes.
Comme dirait KAYA c'est « ene zistwar revoltant !» (une histoire révoltante) et on espère bien que ça ne durera pas trop.
Jahmusik.net © Rubenxela 11-2003
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