BRUTALITÉ POLICIÈRE Allégations de Thierry Michaud
La CID de Curepipe : " Nou kapav fer twa disparet ! "
Le "Old Labourers Monument" à Trianon, où Thierrry Michaud allègue avoir été agressé par des membres de la CID de Curepipe dans la journée de samedi
Des limiers de la CID de Curepipe affectés à la MCIT font face à de nouvelles accusations de brutalité policière. Les faits se seraient déroulés pendant le week-end suite à l'arrestation par la police de Rose-Hill de Thierry Michaud, 28 ans, dans une affaire de tentative d'escroquerie de Rs 10 000. Depuis hier après-midi, le suspect, qui était en détention policière, se trouve au ward G 7 du Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC), avec le pied gauche plâtré et de multiples blessures au visage et au corps, qui auraient été infligés par des membres de l'équipe Raddhoa dans la journée de samedi. A la mi-journée, le suspect a été emmené au CID de Curepipe pour la reprise de son interrogatoire par les hommes de Prem Raddhoa.
Le père du suspect, Jean-Noël Michaud, a dû multiplier les démarches pendant au moins 24 heures pour que son fils soit transféré au PMOC afin d'être ausculté par un médecin de l'État. Initialement, la police de Curepipe et de Rose-Hill avait rejeté toutes les demandes de visite médicale pour le suspect.
" Nou kapav fer twa disparet ! " aurait lancé un des limiers de la CID de Curepipe, alors que d'autres, avec des Occurrence Book ou d'autres gros documents, ne cessaient de lui donner des coups à la tête et au corps. Cette scène se serait passée en début d'après-midi au poste de police de Midlands. Les violences physiques sur le suspect auraient eu pour but de l'intimider, suite à ses précédentes dénonciations d'actes de brutalité policière à son encontre, alors qu'il était en route en compagnie des membres de la CID de Curepipe entre le poste de police de Rose-Hill et celui de Curepipe à la mi-journée samedi.
Thierry Michaud avait été remis à la police de Stanley par des volontaires, qui étaient intervenus pour faire avorter une tentative d'escroquerie de Rs 10 000 aux dépens d'une sexagénaire. Cela s'est passé jeudi après-midi aux abords de la succursale de la Mauritius Commercial Bank à Stanley. Le suspect a comparu devant le magistrat du tribunal de Rose-Hill avant d'être reconduit en cellule policière vendredi.
Jusqu'à la journée de samedi, le prévenu n'a aucun reproche à faire aux policiers de Rose-Hill. Des cas similaires d'escroquerie ayant été rapportés à Curepipe, les membres de la CID de Curepipe décident de procéder à son audition en vue d'élucider ces cas. Le suspect, recouvert d'une couverture, est embarqué à bord d'une voiture de police banalisée escortée de deux autres. Mais au lieu de se rendre directement au QG de la MCIT de Curepipe, la voiture fait escale à Trianon.
Selon les recoupements d'informations effectués par Le Mauricien,à la hauteur de l'usine de Margarine à Trianon, les policiers auraient décidé de mettre à exécution leur plan. " Dan loto mem, zot ti koumans bat mwa kout koud e kout pwin. Zot ti met molton lor mwa pou pa les tras ", devait-il soutenir dans ses premières confidences à ses parents hier après-midi. Les deux autres voitures poursuivent leur route vers Curepipe, alors que celle transportant le suspect bifurque à gauche sur l'autoroute, avant le rond-point de Saint-Jean.
Thierry Michaud distingue facilement le complexe commercial de Trianon.La voiture s'engage dans un des sentiers balisant les champs de cannes de Trianon avant de s'arrêter devant des bâtiments en ruines, les Old Labourers Monuments. " Aster to pou kone ki apel nou ", lui lancent des membres de la CID de Curepipe. Il est traîné de force à l'intérieur, en recevant des coups de pieds. Au passage, il remarque que le pavage est de couleur rose.
Le suspect est assommé sous les coups, un des membres de la CID devant même l'agresser avec un morceau du pavage de l'Old Labourers Monument. Sans défense sur le sol, et sous un flot d'injures et d'invectives, il encaisse des coups, tout en sachant que ses appels au secours ne seront pas entendus en raison du caractère isolé des lieux.
Après, Thierry Michaud est remis dans la voiture pour rallier le poste de police de Curepipe en vue des séances d'interrogatoire. Entre-temps, ses proches, dont son père, se retrouvent à Curepipe, attendant l'arrivée de l'homme de loi, Me Ramchurn, dont ils ont retenu les services.
" Quand j'ai vu mon fils au poste de police de Curepipe, il tremblait comme une feuille. Il pouvait à peine se déplacer. Il était terrorisé. Les policiers m'ont fait comprendre qu'il fallait emmener mon fils au poste de police de Midlands pour une autre affaire importante. Mon fils ne voulait pas y aller. J'ai dit aux membres de la CID de Curepipe que l'avocat allait arriver d'un moment à l'autre et que ce serait mieux de l'attendre avant de se déplacer à Midlands pour cette affaire. Mais ils n'ont rien voulu entendre et sont partis en quatrième vitesse ", nous a affirmé Jean-Noël Michaud.
La raison du déplacement à Midlands allait être révélée par Thierry Michaud lors de son admission au PMOC hier après-midi. " C'était pour une nouvelle séance d'actes de brutalité policière et d'intimidation ", devait-il soutenir. Vu qu'il avait affirmé à ses parents au poste de police de Curepipe qu'il avait été victime d'actes de brutalité policière, les limiers de la MCIT voulaient faire taire ces dénonciations. D'où la menace de le " faire disparaître " à coups d'Occurrence Book.
Ensuite, Thierry Michaud fut ramené à Curepipe pour son interrogatoire pendant un peu plus de deux heures. " A la fin de la séance, j'ai pu voir mon fils au poste de police de Curepipe. Il portait des traces de blessures et il ne voulait pas rester à Curepipe. J'ai fait une demande pour qu'il soit examiné par un médecin de l'hôpital. On m'a dit que la requête allait être entretenue par les policiers de Rose-Hill où il devait être transféré pendant la soirée de samedi ", ajoute le père du suspect.
"Pas de Form 58…"
Les policiers assurant l'escorte de Thierry Michaud ont pris environ deux heures pour arriver à Rose-Hill. " A Rose-Hill, les policiers n'ont pas voulu entendre parler de Form 58 ou encore de visite à l'hôpital. Ils n'ont fait qu'enfermer mon fils dans un des cachots. Je me suis battu contre un véritable système dans la nuit de samedi à dimanche. Mon fils, portant des traces de violence physique, était en détention policière. Toutes les démarches pour une assistance médicale se sont heurtées à un véritable mur. Le comble est que les policiers aux Casernes centrales ont refusé de consigner une déposition par mesure de précaution sur les blessures de mon fils dans la nuit de samedi à dimanche ", affirme M. Michaud, qui ne devait pas baisser les bras.
Dans la matinée d'hier, Jean-Noël Michaud devait reprendre les démarches en s'assurant des services de Me Dick Ng Sui Wah. Rendez-vous est pris pour midi au poste de police de Rose-Hill. En cours d'après-midi, les démarches débouchent sur la décision de faire admettre Thierry Michaud à l'hôpital Victoria. Il est ausculté par le Dr Peerally du PMOC en présence d'un neurologue, le Dr Ramesh Modun. Il est soumis à plusieurs radiographies. Plâtré, il était toujours admis au ward G 7 ce matin.
Pour les parents du suspect, qui réclament l'intervention des autorités, dont l'Attorney General, Me Rama Valayden, la justice ne doit pas se faire par le truchement d'actes de brutalité policière. " Des tribunaux existent pour juger les coupables et les sanctionner. Ce qui s'est passé durant le week-end n'est pas acceptable dans un État de Droit. Les autorités doivent agir le plus rapidement possible car Thierry est en mesure d'identifier les policiers qui l'ont agressé. Je compte avertir non seulement la Commission des Droits de l'Homme à Maurice mais aussi les instances appropriées à l'étranger ", a déclaré Jean-Noël Michaud, qui a entamé des démarches à cet effet depuis ce matin.
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