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Vieux 05/09/2004, 23h46
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Foreman
 
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Le visa de l'humiliation

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Le visa de l'humiliation (au bas de la page web), article de Jean-Claude Antoine (Week-end du dimanche 27 juin 2004).

Reproduit ici:

Ceux qui entrent dans Port-Louis en passant par Marie Reine de La Paix, puis la rue Mère Barthélemy ne peuvent pas ne pas les avoir remarqués. Ils font queue Rue Monsieur jusqu'à l'arrière de l'église de l'Immaculée et remontent parfois jusqu'à la rue St George. Non, ce ne sont pas les pauvres de la capitale qui font queue pour quelques provisions offertes par les âmes charitables de la paroisse. Les hommes et les femmes qui font queue, parfois avant le lever du soleil, sont des demandeurs de visas. Ils sont, en général, des Mauriciens qui souhaitent se rendre en France ou dans un pays de l'espace européen pour une visite familiale, des affaires ou tout simplement faire du tourisme.

Pour obtenir ce visa Shenghen, le postulant doit se livrer à un véritable parcours du combattant en quatre étapes sous la pluie fine de cet hiver rigoureux qui peut rapidement se transformer en soleil radieux. Pour aller visiter la France, longtemps qualifiée dans les livres d'histoire de l'après-indépendance de "pays de nos ancêtres les Gaulois", il faut - et c'est normal - remplir un dossier et fournir un certain nombre de documents: le passeport, le billet avion aller-retour, une lettre d'hébergement, une lettre des employeurs certifiant le congé, une attestation bancaire - remplacée depuis peu par des travellers cheque - prouvant que le demandeur a les moyens de subsister en France, et une assurance voyage. Sans oublier ses photographies et le montant des frais pour le visa.

La première étape consiste à aller faire la queue pour obtenir les formulaires d'inscription et la liste de documents à y annexer. Cela peut prendre une demi-journée. Après les avoir obtenus d'un fonctionnaire à peine aimable, il faut trouver les documents nécessaires et les annexer au dossier et venir le déposer pour les besoins de vérifications. Cela fait une deuxième queue et une autre demi-journée perdue. À cette étape du parcours, le préposé, avec la même amabilité que la première fois, épluche le dossier avant de dire qu'il peut être soumis ou non. Si jamais le demandeur a mal coché une case du questionnaire ou qu'une photocopie est trop pâle, il doit aller réparer ses erreurs et refaire queue.

Quand le préposé annonce que le dossier est accepté, il faut également lui remettre le montant exact du coût du visa - qui, comme l'euro et la roupie, fait quotidiennement du yoyo - et prendre rendez-vous pour recevoir le visa. S'il est accordé. Car, attention: un dossier accepté n'équivaut pas automatiquement à un visa accordé. En effet, le demandeur peut revenir le jour du rendez-vous, faire la queue et attendre que son nom soit appelé pour apprendre que le visa lui a été refusé. Sans être informé sur la raison du refus et sans que le montant payé lui soit remboursé. S'il insiste et parvient à accéder à un des responsables du consulat, il aura droit à cette réponse qui est une fin de non recevoir:

- Nous ne sommes pas tenus de justifier les refus.

Quel que soit son âge ou son grade social, le Mauricien qui va faire queue - au moins quatre fois - au consulat pour obtenir, éventuellement, un visa d'entrée en France, ressent un sentiment d'humiliation. D'abord par le système menant à l'obtention de ce visa. Ensuite - et trop souvent - par le ton qu'on utilise pour lui adresser la parole. Pour lui crier dessus, affirment certains. On m'a raconté, entre autres, l'histoire de cette dame qui avait obtenu rendez-vous à 9h et était arrivée à 8h, et qui attendait encore à 12h15 que son nom soit appelé. Assoiffée, elle est allée s'acheter de l'eau à la boutique du coin, en prévenant de ce fait le Securicor. Quand elle est revenue au consulat, il était 12h30 et la porte était fermée. Elle a essayé de se faire ouvrir, sans succès. Elle a dû refaire la queue le lendemain matin.

Le demandeur de visa a - plusieurs d'entre eux faisant le pied de grue me l'ont affirmé - le sentiment que les employés du consulat voient en chaque Mauricien leur faisant face, un fraudeur, un immigrant illégal en puissance, un de ces sans papiers qui va bouffer le pain des bons Français et qui, à terme, sera capturé, rapidement jugé, traîné dans les charters de la déportation, menotté et enchaîné pour être expédié dans son pays d'origine.

Il y a bien sûr des exceptions qui confirment la règle. Il y a eu - et il y a encore sans doute - des Mauriciens qui ont profité d'un visa de tourisme pour vivre illégalement en France. Tout comme il y a des Français sans scrupule qui vont jusqu'à épouser des Mauriciennes crédules rien que pour obtenir un permis de séjour local. Mais il est temps que le consul de France et ses employés réalisent que tous les demandeurs d'un visa Shenghen ne rêvent pas d'aller vivre au noir en France et les traitent avec un minimum de correction et de respect. La même correction et le même respect que les fonctionnaires mauriciens usent pour accueillir les citoyens français qui débarquent à Maurice où, faut-il le souligner, ils obtiennent automatiquement un visa de séjour. Personne ne demande à la France d'ouvrir toutes grandes ses frontières aux Mauriciens, mais on lui demande d'exiger que ses fonctionnaires traitent les Mauriciens comme ses ressortissants sont traités ici. C'est le moins que l'on puisse demander d'un pays qui rappelle fièrement qu'il est celui du respect des droits de l'Homme.

Et dire que selon Henri Vignal, ambassadeur de France à Port-Louis, lors de la visite officielle de Paul Bérenger, premier ministre mauricien à Paris, en février dernier, "les relations France/Maurice sont plus que cordiales". Comment les demandeurs de visa mauriciens auraient-ils été traités si les relations franco-mauriciennes étaient simplement bonnes ?
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